BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

BOU-SAADA » Le Café du Village » Bengouitoun, Poète de Hizia

Bengouitoun, Poète de Hizia

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas  Message [Page 1 sur 1]

1 Bengouitoun, Poète de Hizia le 08/06/08, 02:27 am

kachina


mordu
mordu
Benguitoun
poète de hizia



(Source)

Mohamed ibn (ou: ben) Seghir ibn (ou: ben) Guitoun de la tribu des Ouled Sidi Bouzid né, probablement, en 1843 à Sidi Khaled, une oasis connue pour ses poètes, à une centaine de kilomètres environ au sud-ouest de Biskra.
Sidi Khaled fait partie du Zab el Gherbi (les Ziban ou Zab occidental) connu pour sa résistance à la penétration coloniale française. L’insurrection de l’oasis des Zâatcha en 1849 en est le meilleur exemple; celle de Ben Ayache (de la tribu du poète Benguitoun) en 1871 en est une autre et fut chantée d’ailleurs par ce même poète dans un merveilleux poème populaire. Les oasis de Sidi Khaled et Ouled Djellal furent conquises par les Français en 1847 après de violents combats et une âpre résistance.
Benguitoun étudia à la zaouia rahmania de Sidi Khaled dirigée à cette époque par le cheikh Sidi Ali el-Djirouni qui, vite, remarqua les qualités exceptionnelles de son jeune disciple et exigea de ses proches que Benguitoun dirigeât la zaouia après sa mort.
Le jeune poète écrivit plusieurs poèmes louant son vieux maître et s'acquita au mieux de la direction de la zaouia.
Benguitoun était aussi paysan (certains disent de lui qu'il était 'khetatri' : travail rémunéré qui consiste à puiser l'eau d'un puits pour irriguer les jardins et les palmeraies) et poète à ses moments perdus. Il vivait du fruit de son labeur ou du peu d’argent que lui procuraient ses poèmes dits en de grandes occasions.
Il est à penser qu’il fut sollicité par Saïyed, le cousin amoureux de Hizia, pour lui écrire un poème qui chante son deuil et son amour pour sa belle cousine.

Il n’existe pas de date exacte de la mort de notre poète mais, selon les dires des anciens et de ses proches, il serait décédé en 1907*, à l’âge de soixante-quatre ans environ. D'autres illustres poètes sont également natifs de Sidi Khaled, tels : cheikh Benyoussef (1822-1902), cheikh Benazouz el khaldi (1897-1944).
Hizia est l’un des rares poèmes d’amour qu’il ait écrit et – ironie du sort ou pure beauté du texte – le seul qui l’ait fait entrer dans la postérité !
* D'après Ahmed el Amin (dans "Hizia : l'épopée algérienne") il serait mort vers la fin du 19e siècle.

Hizia


Hizia, le nom d’une jeune femme issue de la famille dominante des Bouakkaz de la puissante tribu des Dhouaouda (descendants, selon certains dires, des tribus des Beni Hilal qui avaient envahi le Maghreb vers le XIe siècle ap. J. C. venant d’Arabie) qui régnait en ce 19eme siècle sur toute la région du Zab et dont les terres de parcours et de transhumance s’étendaient des riches plaines de Sétif au Nord jusqu’à l’oasis de Ouled Djellal au Sud, et bien plus loin encore si l’on jugeait par l’influence de son Cheikh el Arab (titre donné à son chef qui signifie littéralement : Chef des Arabes) à l’époque.
Hizia, fille d’Ahmed ben el Bey, était amoureuse de son cousin Saïyed, orphelin recueilli dès sa tendre enfance par son oncle, puissant notable de la tribu et père de Hizia.
Benguitoun, dans son poème, fixe la date de la mort de Hizia à 1295 de l’Hégire, soit 1878 de l’ère chrétienne. Elle avait alors 23 ans, nous dit-il. Hizia serait donc née en 1855.
La cause de son décès fut et reste encore une énigme. Le poème ne nous révèle rien sinon qu’elle fut subite : un mal soudain entre deux haltes, à Oued Tell (une localité à 50km au sud de Sidi Khaled) au retour de la tribu de son séjour saisonnier dans le Nord.
La vérité, bien sûr, on ne la saura jamais !
Saiyed eut recours, trois jours après la mort de Hizia, aux services du poète Benguitoun pour écrire un poème à la mémoire de sa bien-aimée. Plus tard, d'après certains dires, le malheureux cousin s’exilera loin de sa tribu et vivra en solitaire dans l’immensité du désert des Ziban jusqu'à sa mort.
Quoiqu’il en soit, le poème est là pour témoigner de cet amour fou qu’avait porté un jeune homme pour une jeune femme qui valait, à ses yeux, tout ce qu’il y avait de précieux en ce monde et que le poète a chanté avec les paroles du bédouin, langue pure du vécu, langue vivante de tous les jours.
A travers les yeux de Saïyed, le poète Benguitoun a chanté la beauté de cette femme et décrit les merveilles de son corps, osant lever le voile sur des jardins secrets et nous offrir, à travers les âges, un hymne à l’Amour, un hymne à la Beauté, un hymne à la Femme.
Voilà ce qui, en dernier lieu, pourrait rester de Hizia jusqu’à l’éternité, tant qu’il y aura des poètes pour chanter ce nomadisme existentiel propre au commun des mortels...

=======================================


Dans ses Chants arabes du Maghreb, étude sur le dialecte et la poésie de l’Afrique du Nord (Maisonneuve, Paris, 1902) C. Sonneck a été le premier à imprimer une version arabe (le texte original de Benguitoun comporte une centaine de vers environ, selon qu'on l'écrive en quatrains ou en couplets) recueillie probablement du vivant de Benguitoun, auprès de ses contemporains, mais dont on ignore l’identité.
Le texte de Sonneck ne présente pas, à proprement parler, de différences importantes avec les versions plus tardives, excepté une omission de 3 vers inexistants dans le manuscrit du cheikh Mostefa Naimi, par exemple. Par contre, Sonneck inclut 1 vers qu'on ne retrouve pas dans le manuscrit du cheikh.
Les autres différences résident notamment dans l'agencement de certains vers qui sont placés soit avant soit après des passages-repères positionnés à l'identique dans les deux versions. Le reste se résume à une dizaine de mots différents, parfois juste des lettres, et à la reprise d'un couplet sous forme de refrain chez Sonneck. La différence générée par les lettres peut s'expliquer par le fait que le texte de Sonneck est une transcription faite à partir d'une source orale, et donc sujette à une mal interprétation phonétique de ce qui est rapporté par l'informant autochtone.
Un autre fait de taille en faveur de Sonneck : il a été le premier à transcrire le poème de Benguitoun et à le traduire en français; historiquement parlant (1902 ou probablement bien avant cette date), il a été plus près de la source que n'importe qui d'autre par la suite. Cependant, l'authenticité du texte dépend, dans le cas de Sonneck, du choix de son informant local et de la connaissance de ce dernier du poème tel qu'il a été créé par Benguitoun, exigeant une mémoire sans faille, sans omission ni rajout au texte original...

Une autre traduction du poème Hizia en langue française a été faite par un auteur algérien, Souhel Dib, et publiée dans son livre "Anthologie de la poésie populaire algérienne d'expression arabe" paru en 1987 chez les éditions l'Harmattan, à Paris.

Le travail de l'éminent universitaire - et enfant du pays - Ahmed el Amin sur l'authenticité des sources des différentes versions en circulation a abouti à d'excellents résultats sur le terrain, dont la version calligraphiée de la main du Cheikh Mostefa Naimi.

Quoiqu’il en soit nous avons préféré faire confiance au manuscrit du cheikh Mostefa Naimi (neveu du célèbre Cheikh Naïm Naimi, natif de Sidi Khaled, qui s’est intéressé à la sauvegarde du riche patrimoine littéraire local) pour deux raisons :
1) l’originalité et la beauté du trait calligraphique imprègnent au chant de Benguitoun une touche personnalisée, vivante et plus humaine qu’une quelconque font stylisée et anonyme
2) l’appartenance du cheikh Naimi à une famille d’érudits et son intérêt pour la culture et le patrimoine littéraire oral nous forcent à considérer sa version comme étant une source digne de confiance, bien qu’elle présente quelques omissions de copiste et certaines différences dans le choix des items et dans l’agencement des éléments descriptifs ou narratifs en comparaison avec d’autres versions toutes aussi dignes de foi, rapportées par des anciens, toujours en vie, de la région de Sidi Khaled.


Source

Voir le profil de l'utilisateur

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut  Message [Page 1 sur 1]

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum