BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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La SOCIETE CIVILE REVISITE L HISTOIRE

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Benaziez


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El Watan du 17 juin 2008

Par Farouk Zahi

La société civile revisite l’histoire

Si tu dois retourner au cher pays natal, je te conseille de te diriger vers Bou Saâda où je conserve encore de fidèles amis parmi les Cherif et les Bisker. » C’est ainsi que s’adressait l’Emir Abdelkader à son fils El Hachemi que l’irrésistible appel du pays natal faisait rentrer en 1894 de son exil syrien. Après un court séjour chez les Berkani, sa famille maternelle, à Médéa, il opte définitivement pour l’oasis de Bou Saâda dont le climat était proche de celui d’Alep.


En effet, les deux frères, El Hadj Mohamed et El Hadj M’hamed, se rendirent à Damas pour passer plus d’un mois auprès de l’Emir Abdelkader, lors de leur pèlerinage à La Mecque et à Jérusalem (El Qods). Celui-ci les traita en hôtes de marque, en raison de l’aide que lui avait fournie leur père Abdelkader Ben Bisker dans le saint combat mené contre l’envahisseur. Cette relation constituera l’ancrage de la famille de l’Emir El Hachemi composée de sa femme, une Syrienne, sa belle-mère, sa fille Amina et ses deux fils, Mustapha et Khaled. Les noces de mariage de ce dernier eurent lieu en grande pompe à Haret Ech Chorfa, là où se trouve la maison du Cherif Hassanite, Azzedine Ben Laïfa de la confrérie Rahmania d’El Hamel(1). Cette dernière n’a-t-elle pas abrité de nombreuses familles de la descendance d’El Mokrani au lendemain de sa révolte de 1871 ? Cette tradition d’accueil de l’oasis et de ses prolongements tribaux a été chèrement préservée ? par les Ouled Ameur lors de cette même révolte. La cité tire son nom de la radicale « Saâda », qui veut dire bonheur, d’où l’éponyme « Bou Saâda » la cité du bonheur, surnom qu’elle conserve depuis lors. Plus proche oasis, elle se trouve à près de 200 km à vol d’oiseau du rivage méditerranéen, Riche de son histoire, elle se singularise par ses attraits touristiques, environnementaux et urbains particuliers. Située dans les Hauts-Plateaux algériens, elle culmine à 560 m d’altitude en bordure de la dépression alluvionnaire du Hodna. Habitée depuis la préhistoire, des vestiges datant de 8 à 10 000 ans renseignent sur les tribus berbères zénètes, dont les Beni Barsal, plus connus sous le nom de Getules, peuplades qui nomadisaient alors.

Lors de l’incursion et l’occupation romaines en 149 av.J.-C., elle portera l’éponyme Boufada jusqu’à l’arrivée des musulmans au XVe siècle qui lui donnèrent son nom actuel. Après leur victoire sur les Byzantins, les Arabes occupèrent l’Afrique. Au fur et à mesure de leur avancée, les chefs de guerre musulmans qui prônaient l’Islam lumineux conquirent ainsi tout le Maghreb ; Bou Saâda n’existait pas encore comme site urbain ; dans son histoire sur l’Algérie, Tewfik Madani signale la présence des tribus hilaliennes en Tunisie, dans le Zab, le Hodna et jusqu’au Djebel Amour à l’ouest. Bou Saâda était tantôt sous l’autorité des Aghlabides de Tunis tantôt sous celle des Zianides de Tlemcen. La région demeurera pendant longtemps le passage de nombreuses tribus arabes, jusqu’au jour où la tribu des Bedarna s’y établit définitivement. Branche des Beni Aouf des tribus de Slim, ils établirent des constructions au sud de l’oued sous la conduite de Ben Ouahes. Il est connu que Sidi Slimane et Sidi Thameur ont acheté ce bout de terre aux Bedarna après la construction de la mosquée. Le peuplement se fit au fur et à mesure de la venue d’individus ou de groupes tels que Essahari, autre fraction de la grande tribu de Hillal Ibnou Ameur. Le cheikh Sidi Slimane Ben Abderrahmane, surnommé Benrabia, s’installe à l’Aouinet aux abords de l’actuelle cité et érige une zaouïa où il enseigne le Saint Coran et les fondements de la religion à cette population rude présaharienne qui nomadisait d’un point à un autre.Les seules populations fixes étaient celles des hameaux de Dermel, El Hamel, El Allig, Dechret Kerdada au-delà de l’oued vestige de l’habitat des Bedarna, et le village d’Eddis. Par ses connaissances théologiques et son savoir, le cheikh ne tarda pas à faire l’unanimité autour de lui en fédérant les habitants. Cela lui valut en outre respect et vénération. Son origine demeure controversée, d’aucuns disent qu’il est issu de la tribu de Sidi Bouzid de Aïn Rich, d’autres avancent par contre qu’il vient de Ouannougha, d’autres avancent qu’il serait venu du Tafilet (Sud marocain). Quelle que ait été son origine, le cheikh était un homme de bonne souche ; son nom se confond avec Bou Saâda où il eut une descendance. La descendance issue de Sidi Thameur d’une première lignée qui se composait de H’Meida, Harkat et Attig à laquelle s’ajouteront les enfants du Ksar, El Achacha. Cette communauté sera composée de sept fractions définitives qui sont : Ksar, El Achacha, Ouled Attig, Ouled H’Meida, Zoqom, Echorfa et Loumamine, cela dans le domaine urbanistique.

Dans les autres domaines, notamment socio culturels, chaque fraction était gérée de manière autonome, elles disposaient chacune de sa mosquée conduite par un imam chargé de la vie religieuse et juridique de la fraction. Le ksar premier noyau urbain se constitua autour de la mosquée de Sidi Thameur appelée jusqu’à ce jour El Masdjid El Attig ou Djamaâ Ennakhla(2)(3). Ce groupement, agro-pastoral au départ, devint vite un centre d’échanges commerciaux et culturels, caractères qui le consacreront comme cité urbaine présaharienne. Mostefa Lacheraf qui y passera près d’une décennie parle dans son ouvrage des noms et des lieux, en ces termes : « (...) Bou Saâda se distinguait alors, à l’égal d’autres oasis comme Laghouat et Ghardaïa, par l’existence d’une élite lettrée à la fois traditionaliste dans le bon sens et très moderniste, aussi bien dans le commerce de gros, les affaires, certains secteurs de la vie quotidienne que dans sa vision du monde. Même ses instituteurs, tous originaires de cette ville et sortis de l’école normale de Bouzaréah, préservaient jalousement dans leur façon de vivre, de s’habiller, de parler et de se conduire, un indéniable cachet algérien, à l’instar de la Kabylie de l’époque (…). L’élite lettrée de Bou Saâda et la classe moyenne des commerçants et artisans ou petits fonctionnaires, même s’ils appartenaient, de par leurs goûts, habitudes, genres de vie et niveau culturel et de savoir-faire, à la citadinité spécifique d’une vieille ville du Sud (…) De plus, ce que j’ai écrit sur Etienne Dinet et sur le choix qu’il a fait de Bou Saâda est un hommage à leur esprit de tolérance et à leur grande capacité d’accueil éclairé, non conformiste et généreux.Page 73 : Les toiles peintes par Nasr Eddine Dinet avec ces visages, ces physionomies saisissantes de ressemblance d’une génération à l’autres évoquent pour moi une stratification de classes urbaines de père en fils et témoignent d’une rare continuité des lignées parentales directes. De toute façon, le label de la famille à travers ses descendants atteste encore de l’ancienneté d’une certaine population de Bou Saâda et de sa fidélité à elle-même comme on le constate pour les bourgeoisies de l’Europe classique quand on regarde de près les tableaux de peinture ». Parlant de la dégradation de la ville, aujourd’hui M. Lacheraf note : « Cela a dû se passer de la même façon dans les vieilles villes algériennes aux traditions urbaines affirmées avant la dispersion des années de guerre et notamment l’afflux de l’exode rural qui a transformé la physionomie générale de la cité, mais aussi les traits emblématiques saillants qui au premier coup d’œil permettent l’identification de l’identité anciennement citadine et l’appartenance à telle ou telle famille de renom incontestable. Comme cela se voit encore à Tunis par exemple, Fez, et chez nous à Constantine, Béjaïa, Tlemcen et dans les petites villes comportant des noyaux limités et parfaitement vétustes et attachants de citadinité, de conduites sociales et de traditionalisme, sinon de culture créatrice, comme Déllys, Cherchell, Mila, Mostaganem, (…)p. 75.

Les moindres détails contribuent à esquisser sociologiquement une culture, un modeste foyer de civilisation urbaine traditionnelle s’ouvrant sur les collectivités proches ou lointaines du désert algérien. Cet équilibre harmonieux et attachant à Bou Saâda agissant par des traditions sélectives et des élans maîtrisés vers la modernité du savoir et du goût provenait aussi d’un milieu dont la plupart des éléments instruits et aptes à influencer les conduites sociales autour d’eux n’étaient acquis inconditionnellement ni aux uléma ni aux confréries maraboutiques, p. 79. Le milieu bousaâdien traditionaliste, dans le bon sens, à l’époque où je l’ai fréquenté, était riche en hommes de forte personnalité nourris d’un patrimoine arabe respectable plus ou moins classique et de haute époque, détendus, croyants sans zèle, ou bigoterie, ouverts à la fois sur des valeurs anciennes et des acquis nouveaux, ayant leur franc-parler et portés à des plaisanteries intelligentes, toutes choses qui curieusement et sans trop d’exagération me faisaient parfois revivre par le souvenir de mes lectures des scènes de la vie de Basra du temps d’El Jahith telles qu’observées par lui d’une façon géniale dans ses livres pleins d’esprit, de traits débonnaires ou mordants, de truculence et d’affectueuse ironie sur les mœurs des lettrés de la grande cité mésopotamienne au 9es. A Bou Saâda comme dans la Basra du Moyen-Age musulman, rivale de Baghdad pour la qualité de ses hommes, existait encore cette bonne tradition algérienne décontractée et néanmoins chaleureuse et non conformiste qui consiste en une foi sobre, des rapports humains chaleureux n’excluant pas d’innocentes farces entre proches voisins et compagnons en échange de bons mots appliqués à certaines situations et restés célèbres jusqu’à nos jours. p 80, On sait que Bou Saâda, située dans une zone aride, n’avait pas dans son périmètre extérieur ni village de colonisation ni de colons. Cependant, dans la cité plusieurs fois séculaires au cœur de l’oasis ou la bordant de toutes parts ainsi que dans certaines villes de l’Oranie tellienne et à Mascara en particulier, la vie nationale se manifeste par une forte présence de l’algérianité traditionnelle de bon goût qui ne devait rien à l’occupant étranger et apparaissait dans ses moindres détails culturels comme une sorte de résistance sereine, allant de soi, efficace, dépourvue de morgue ou de volontarisme et sans démonstration spectaculaire. »(4)

Ce bassin patrimonial, matériel et immatériel, dont la revue est sans nul doute non exhaustive et qui a fait l’objet par le passé d’études extra murales et même extra nationales, tend de plus en plus à susciter l’intérêt de plus en plus marqué des élites locales. Cette quête de réappropriation identitaire est certainement due à l’effacement progressif et inexorable de caractères sociétaux qui ont fait jadis la cité. C’est ainsi qu’un nombre impressionnant d’associations à visée culturelle, se sont constituées autour de plusieurs thèmes que recèle ce riche patrimoine. La dernière d’entre elles, est celle qui porte désormais le nom de l’illustre fils de l’Emir Abelkader Ibn Mahieddine El Hassani, en l’occurrence El Hachemi. Celui-là même qui était l’hôte temporel de la cité et son hôte éternel au cimetière de Sidi M’hamed Ben Brahim, où il y fut inhumé le 14 avril 1900. Présidée par le Dr Lamraoui Mohamed, elle est constituée d’enseignants de tous les paliers, de cadres anciens et nouveaux, d’artistes, d’écrivains et de poètes. Elle s’est fixé pour principaux objectifs : l’acquisition et la réhabilitation de la demeure qui abritait la famille princière et son érection en musée de la ville, participation aux grands événements culturels nationaux et supranationaux, organisation d’une manifestation annuelle consacrée aux arts agro-pastoraux, célébration d’une journée nationale sur la vie et l’œuvre de l’Emir El Hachemi et son fils Khaled , organisation de caravanes culturelles en vue d’échanges culturels interrégionaux. La cérémonie d’installation de l’association qui s’est déroulée le jeudi 12 juin dans la salle de délibération de l’Assemblée populaire communale était rehaussée par la présence du premier magistrat de la ville et son vice-président chargé de la culture. L’assistance composée d’intellectuels et de lettrés a eu droit à quelques envolées poétiques du cru de bardes et poètes populaires tels que A. Abdelghafar, A. Oumhani et M. Nouibet premier prix des dernières Okhadiate. Quant à B. Benabderrahmane nominé parmi les 35 candidats au titre du « Le prince des poètes arabes », il rentrait de Abou Dhabi dans l’attente de la finale qui consacrera le preux chevalier de la rime. La démocratisation de l’histoire est préférable au meilleur des conservateurs.

Références bibliographiques :

- (1) Ch. de Galland Excursion à Bou Saâda et M’sila 1899
- (2) Y. Nacib Cultures oasiennes
- (3) B. Chabi Repères sur Bou Saâda
- (4) Saba Net.


Par Farouk Zahi[b]


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