BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Une société moderne, c'est quoi déjà ?

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kachina


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Une société moderne, c'est quoi déjà ?


par Farouk Zahi
(Le Quotidien d'Oran)

Une désagréable sensation de mal-être, sourd chaque jour que Dieu fait, de l'enveloppe corporelle de beaucoup d'entre nous. Au lendemain des émeutes d'octobre, on pensait candidement que cette crise de croissance passagère allait s'estomper à l'ouverture de l'espace médiatique. Que les élections pluralistes allaient faire sauter les verrous du champ politique, et que la libéralisation de l'esprit allait nous faire enfourcher le cheval d'airain de la modernité et que et que...

La période post-octobriste a été riche en nouveaux comportements. On banalisait les véhicules de service, on développait d'avenants sourires en direction des adolescents. On semblait se rendre soudain compte de leur existence. Des cadres impénitents se trouvaient curieusement des attaches populaires à Soustara ou à Lakiba. Leurs enfants n'étaient plus raccompagnés à l'école par leur chauffeur. Que de belles images communardes s'étalaient au grand jour. C'était compter sans les récupérateurs qui, nourris à la vache à lait, ont été les premiers à en mordre le pis. Les aiglons d'octobre (1) étaient dépossédés de leur envol. L'aile brisée, ils ont depuis lors bien vieilli.

Il y a bien eu cependant, une fugace éclaircie qui a traversé notre grisaille. Mme Leila Aslaoui affrontait à mains nues, l'arène des « fauves ». Ministre de la Jeunesse et des sports, elle investissait Bab El-Oued et les points réputés chauds, jusque-là. Elle quittait un conseil du gouvernement pour un match de foot au stade du 20 août. L'Algérie était opposée à l'Iran des mollahs et notre ministre à leur ambassadeur. Au premier but algérien, la galerie juvénile en transe, scandait « Leila...Leila... ».(2). Les gens qui, auparavant, avaient tenté de la dissuader de ne pas aller au stade, avaient eu, ce soir-là, pour leur compte.

N'était-ce pas le miracle ? La communion était bien là. Malheureusement, les fossoyeurs de l'Algérie en ont voulu autrement.

La république fédérative de Yougoslavie partie, elle aussi dans un aventurisme guerrier, en même temps que nous, a depuis lors mangé son pain noir. Son vitrail ethnique s'est certes désagrégé, mais ne s'est pas brisé. Ces mini-Etats se sont relevés et regardent droit devant. Que se passe-t-il donc chez nous, pour piétiner et ne rien faire, que du surplace. Le changement ne peut-il venir que des gouvernants, ou faut-il prospecter d'autres horizons ? La régression est bien là, mais elle n'a rien de fécond. Quels sont les points communs que se partagent, le Soudan et la Turquie, deux grandes nations musulmanes ? L'on me dira l'Islam ! Juste, mais dans la pratique, en dépit de cette communauté de destin spirituelle, les avancées modernistes de l'une et la rusticité de l'autre, semble les opposer durablement. La Malaisie, autre grande nation musulmane, avance résolument vers la modernité. Son premier astronaute, parti vers la station orbitale internationale, a récemment élaboré un guide de pratique religieuse dans les navettes, pour les futurs candidats musulmans. Ne faut-il pas reconnaître que les enluminures de l'Islam ont été le fait historique, et pourquoi pas actuel, des « Adjem »(3) islamisés. Ils s'assument mieux dans leur islamité, que les musulmans originels. Et pour ne pas me contredire, voilà qu'un jeune Azéri, en la personne de Samy Yusuf, survole tous les forums discursifs, devenant ainsi le premier chantre de l'Islam universaliste. Il est culturellement parlant, plus percutant que tous les Oussama et Zarkaoui réunis.

Un bref survol de la courte histoire de notre pays pourra visualiser les étapes franchies. De l'indépendance à décembre 1991, trois (3) chefs d'Etat se sont partagés les commandes de ce pays, avec des bonheurs différents. Durant les trente (30) ans, dont le début et le terme se singularisèrent par des coups d'Etat, l'euphémisme aidant, le premier était étiqueté de sursaut révolutionnaire, le second de sauvetage de la République, le navire-pays maintenait plus ou moins sa ligne de flottaison hors de l'eau.

De 1992 et à ce jour, pas moins de quatre (4) chefs d'Etat, avec un magnicide en prime, se sont succédé, pour gérer une période de moitié plus courte, que la précédente. Il faut reconnaître, que sur les quinze (15) ans, dix (10) se sont passés dans un trou noir. Donc en matière d'alternance politique, nous côtoyons les grandes démocraties, arithmétiquement parlant s'entend. Est-ce une quantité suffisante pour prétendre à une quelconque émergence ? Les voies et moyens n'y étaient pas, à l'évidence.

Pour qui donc, sonnait le glas ? La percée démocratique jamais observée dans le monde arabe, était fourvoyée par la jonction de courants idéologiquement antinomiques. Désemparée, la population s'accrochait désespérément à ce qui pouvait être légitimement reconnu comme institutions de l'Etat. Une certaine classe politique naissante, confinée dans un rôle de comparse, ameutait épisodiquement ses troupes pour « casser » du pouvoir, quitte à ce que cela débouche sur des lendemains incertains. Quand le génocide réduisait au silence des groupements humains entiers et quand des journalistes et intellectuels étaient assassinés en direct, on s'égosillait dans le registre opposé, pour la défense des droits humains. Les condamnations et autres prises de position, chichement exprimées, ne l'étaient que du bout des lèvres, frappées d'aphasie. A l'issue de la période de transition et à l'orée des élections présidentielles, dont on ne pouvait y parier un copeck, des appétits électoraux s'aiguisaient. C'est ainsi que des dirigeants de micro-partis, qui n'avaient pas encore de représentativité locale, briguaient la magistrature suprême, en 1995 déjà. D'illustres inconnus de leur voisin de palier, prétendaient à cette fonction. Mus par ingénue conviction ou par prétention démesurée, ils ne se rendaient pas compte des lourdes charges qui pèseront sur les épaules de l'homme appelé à sauver l'arche des abîmes. Pour qui prenait-on l'Algérie ? Elle n'était pourtant pas sous mandat international, ni sous adjudication publique au plus offrant. Et même dans ce cas, à Dieu ne plaise, le cahier des charges est dans ce cas drastique ; c'est le moins que l'on ne puisse en exiger. L'acquisition de gré à gré appartient à l'histoire. Deux nouvelles générations de plus de vingt millions d'individus sont venues se rajouter à la première, dont les références chronologiques appartiennent déjà à l'histoire. La suite est connue pour ne pas y revenir. On crie à l'arnaque avant même les échéances des joutes électorales de 1999, où, pour la première fois dans un pays émergent, pour ne pas dire sous-développé, le premier dirigeant du pays, militaire plus est, passait la main et assurait le service jusqu'au lendemain de la nouvelle mandature présidentielle. Chapeau bien bas, Monsieur le Président, quoiqu'on en dise !

On confondait assurément la gestion du palais d'El-Mouradia avec, celle plus complexe, d'un pays à la dimension d'un continent lesté, par un passé colonial des plus sombres de l'humanité.

La Charte pour la paix et la réconciliation nationale, soeur cadette de la loi sur la rahma ; choix populaire référendaire, ne peut tout assurer. Apaisement, intégration sociale et repentance, ne peuvent être le fait que d'un contrat social, porté à bout de bras par la communauté nationale. Les ingrédients de la crise sont toujours là, en hibernation certes, il suffit de les incuber et de porter le degré calorifique au point de régénérescence. Il est établi quelque part, une problématique qu'il faille résoudre au plus tôt. La classe politique est plus que jamais interpellée, pour mettre de côté les divergences dogmatiques. Le noeud gordien consistant à affirmer : « Nous avons des solutions de sortie de crise, mais faut-il que nous détenions le pouvoir ! », est à ajourner et de manière résolue. Cette approche de conditionnalité, n'est pas faite pour rassurer. Chacun sait que l'on ne peut détenir le pouvoir qu'au nom du peuple. Reprochant au pouvoir le tutorat populaire, ces mêmes parties ne se gênent aucunement, pour jouer le même rôle, avec le mandat en moins ! Ce peuple se sentant abandonné dans ses prosaïques préoccupations partiellement résolues jusque-là, par le pouvoir local, se refuse de confier son destin national sans garantie. Sur le terrain, les seules activités étriquées d'ailleurs, sont celles beaucoup plus discursives que concrètes. D'un généralisme mortifère, elles agacent par leur lancinance. Peu de partis développent des actions de proximité à caractère social ou caritatif. Est-il difficile pour un parti politique disposant d'une composante médicale, d'organiser des actions de santé dans les périphéries urbaines ou rurales ? La santé n'est pas seulement une profession de foi politique. Elle est avant toute chose, un acte ! Il est plus avantageux pour le commun des mortels, de disposer d'un médecin praticien, que d'un médecin politicien. Cet exemple non exclusif, ne peut être illustratif, que d'une anorexie cérébrale. Les formations politiques dont le substrat social est soutenu par des associations, se comptent sur moins de doigts, que ceux d'une seule main. Le parti dit islamiste en vue sur la scène politique, fait de la femme, son cheval de bataille. Au vu des résultats obtenus, il semble réussir sur ce terrain. Les pseudo-démocrates et autres chantres de la laïcité surfaite, prennent garde de ne pas trop se fondre dans la masse. Ils ne s'y reconnaîtront pas. Ils s'en sont éloignés, telle que la jonction est à peine possible. Se faisant violence, le purisme rhétoricien pourrait même avancer, qu'il s'agit-là, d'une rupture bien consommée.

Essayez une incursion dans un quartier populaire. Il vous suffit d'avoir un petit air guindé ou à peine réservé, vous subirez une inspection en bonne et due forme, quand ce n'est pas des quolibets et des injures. Vous semblez étrange, vous ne faites pas partie des intrants de la structure sociale habituelle. Observez une sortie de classe. La « horde » rugissante, le regard perdu, vous bousculera sans ménagement. C'est à se demander, si l'école, ce sanctuaire du savoir, est vraiment en charge de polir les moeurs ? Le gendarme ne réussira pas, là où le pédagogue a échoué. Ce dernier a depuis longtemps abdiqué. Il se confine dans son atmosphère crayeuse et l'attente fiévreuse du virement mensuel. Quant aux jeunes dadais qui traversent la chaussée en oblique et à pas de tortue, n'essayez surtout pas de les provoquer par une remarque, qui ne serait pas toujours désobligeante. Le passage à tabac, en public n'est pas à écarter. La meute sortie on ne sait d'où, peut se mettre de la partie, pour motif de non appartenance à la congrégation ! Allez rappeler à l'ordre ces gens qui s'interpellent à coup de klaxon, dans les cités et à des heures indues ou ces vendeurs à la criée munis de mégaphone. Quant aux cortèges nuptiaux tonitruants et nocturnes... il vaut mieux ne rien en dire !

Voilà où est la problématique. Elle est si simple qu'elle défie toutes les élucubrations oratoires ou illuminées, de panels réunis dans les anti-chambres feutrées. Je ne sais plus dans quel quotidien national, un intellectuel italien affirmait que la mafia n'est plus celle de l'imaginaire populaire, c'est-à-dire la pègre sicilienne. Elle serait présentement incarnée, par de grands cabinets d'avocats, des chefs de services hospitalo- universitaires et autres castes, dites intellectuelles. Est-ce à dire que la ghettoïsation de la société à laquelle nous assistons, est le fait d'une génération spontanée ou celui plus plausible, de l'accumulation de rendez-vous reportés de la politique de l'autruche. Que l'on ne se méprenne pas, la politique n'est pas l'exclusive du seul dirigeant, elle est sous-tendue par tous ceux qui décident. Du directeur de l'école au recteur de l'université, chacun mène sa propre politique. Une simple note de service peut « légiférer » ; l'appariteur en fera son « Quanoun ». Des courants contradictoires pourfendent le tissu social, la nouvelle grille des salaires, pour ne citer que celle-là, a généré des luttes d'avant et d'arrière-garde.

D'aucuns diront que cela dénote de la bonne santé, de la composante nationale. Les syndicats autonomes agrégés autour du rejet de la nouvelle grille salariale, persistent et signent. Sonatrach, se prémunissant du chant des sirènes, elle va crânement à la recherche de la toison d'or. Elle revalorise le train de vie de certains de ces cadres, pour contrecarrer les sirènes des multinationales. Qui a donc introduit ce cheval de Troie, pour en faire l'épouvantail, qui justifierait de telles largesses ?

Au vu de cette pantomime désarticulée, s'agirait-il enfin d'une ambiance sociétale délitée par la convention-conspiration du ghetto et du ghota, ou d'une transition obligatoire vers ce que l'on pourrait qualifier, d'assomption vers les strates de la modernité ? Les monarchies du Golfe n'étaient-elles pas ces sociétés dites archaïques ? Oui peut-être... Ce qui est sûr, c'est que le Moyen-Orient « bédouin » et l'Extrême-Orient « aux pieds nus », ne s'arrêteront pas en si bon chemin, pour nous donner des leçons d'humilité.

Le pays fait l'effet de cet individu, qui a mis un pied sur une berge et maintient spasmodiquement l'autre, sur l'autre berge, par manque d'assurance... Il ne peut dans ce cas, faire le pas. J'espère me tromper !

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