BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

BOU-SAADA » salem l'hbab » Poèsie

Poèsie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas  Message [Page 1 sur 1]

1 Poèsie le 06/05/06, 12:18 pm

Benlaifa


Nouveau
Bou Saada



Que reste-t-il de Bou Saâda, cette cité qui m’a vu naître,
Où sont ses vergers fleuris, ses ruisseaux et ses palmiers
Qu’advient-il de ce joyau, Eden de mes aïeux et mes ancêtres
Où sont ses artisans, ses chameliers, ses guides et ses lauriers.

Cette cascade, féerique où on allait jadis nous baigner
Puis pêcher la truite et le goujon, à l’ombre des figuiers
Cette source éternelle, si fraîche, si douce et si pure,
N’est plus qu’une poubelle et un amas d’ordures.

Dans le temps, on t’a nommée « cité du bonheur »,
Ta beauté et ton charme ont conquis plus d’un cœur,
Dinet, par la magie de son pinceau, et en reniant sa croix
A chanté tes louanges avant de mourir dans tes bras.

L’épée haut la main, l’émir Khaled, vaillant chevalier,
N’a défendu ton honneur que pour être ton prisonnier
Il ne voulait rien, ni médaille ni galon, ni bannière
Mais seulement un modeste tombeau, prés de ta rivière.

Que c’était bon de voir tout prés de moi, mon père
Porter ces burnous blancs que lui tissait ma mère
Mais tout cet enchantement a cruellement disparu
Bou Saada n’est plus qu’un rêve, une illusion perdue.

C’était ici, c’est si lointain mais j’y crois encore
Sidi Thameur, ta patrie mérite un meilleur sort
Qui peut me dire pourquoi ma cité se meurt,
Et Pourquoi lui arrive-t-il tant de malheurs…

Voir le profil de l'utilisateur

2 Bou Saada le 22/05/06, 12:13 pm

psychoreve


Nouveau
Très belle poésie nostalgique, réaliste et sensible.
Merci

Voir le profil de l'utilisateur http://interpretationdesreves.net

3 Re: Poèsie le 16/07/07, 11:56 am

DHIAB Ben Ghanem


Langue pendue
Cher Belaifa

Je te félicite pour cette ode tourmentée. J'ai vécu moi même cet état d'âme, en revisitant la palmeraie après une longue absence induite par mes obligations professionnelles. Gardons espoir!

L’Oasis de Bou-Saada…
…ou le rêve évanoui…

Des noces de l’oued, et du ksar il n’est resté qu’une palette barbouillée.
L’eau claire, les jardins, les herbes folles , le jonc, les roses du laurier ne sont plus que souvenirs, dans la besace de l’oubli.
L’anier, le meunier, le charpentier, le bourrelier, le bucheron pourchassé par le forestier, ne sont que des images fugitives, d’esprits comme le nôtre, torturé.

Pleure, pleure si tu as des larmes encore, la palette est très barbouillée

Où sont ces matins d’automne, annoncés par les corbeilles d’alfa tressé, de leurs fruits débordants, le coing confis et les dattes aux régimes accrochées ? Même l’olive à la gaule jadis ramassée, n’a plus la saveur du passé. Le grillon maitre des midis torrides, cèdait le champ aux nocturnes complaintes de la flûte accompagnant la geste. L’été est là, l’ode poètique du conteur faisait le reste. Il s’est tu, réduit au silence……aphone, inéxorable sentence.

La brebis agnelle, le fromage fuselé en écrin de brindilles, crisse sous la dent. La volupté transperce les sens, l’être rend grâce au créateur, pour tant de délices.
En hiver près de l’âtre rougeoyant, la tisseuse met du cœur à l’ouvrage. A l’oued les laveuses de la batte ont blanchi la toison, la quenouille fil à fil couvrira la saison, de blancs burnous ou de belles floraisons.

S’il te reste des larmes, pleure encore, il y en aura jamais assez, pour
effacer la palette barbouillée.

Les moulins tombés en ruine ont disparu. Le grain ne sera jamais plus moulu, broyons du noir. Notre mémoire sera blanche, immaculée et vierge. Tu n’as plus besoin d’emprunter Araga ou Bensalem pour aller te rafraichir à l’oued et prendre une gorgée d’eau, distillée par une feuille de figuier.
La vue imprenable à partir du pont te suffira à voir et sentir les effluves de miasmes odorants, produits de nos défécations incontinentes et huppées. Les eaux noirâtres ne proviennent pas de bidonvilles, mais de demeures cossues, dont les heureux propriétaires font les prédicateurs, aux brebis égarées.
La palette barbouillée, le restera jusqu’au jour du déluge.
le 21 mars 2005

Voir le profil de l'utilisateur

4 Re: Poèsie le 16/07/07, 02:33 pm

kachina


mordu
mordu
Merci dhiab pour cette balade poétique plein de nostalgie et ce voyage au berceau de l'enfance.
Bou saada lutte acharnement pour garder sa beauté mais à l'instar des grandes villes modernes, pourra-t-elle résister contre la démographie, l'exode, et la myopie politique de nos décideurs locaux.

Voir le profil de l'utilisateur

5 Re: Poèsie le 17/07/07, 02:00 am

Benaziez


Rang: Administrateur
Mon cher ami DHIAB tu nous reviens bien décidé à répondre aux attentes de chacun de nous quand au travail de mémoire et d’histoire de notre cité antique, cité du bonheur et du soleil. Comme je te connais très prolifique en écriture, notre souhait et de connaître la suite de tes écrits littéraires sur des sujets aussi variés mais qui nous interpellent beaucoup sur notre devenir et celui de notre patrimoine culturel. Ton travail est formidable, et ton dévouement à une cause noble t’honore aussi
Bravo ! et bonne continuation Mohamed

Voir le profil de l'utilisateur

6 Re: Poèsie le 17/07/07, 06:18 pm

Jamila


Super Posteur
Super Posteur
Bonjour à tous,

C’est un plaisir de retrouver les habitués de forum merci à M. Benlaifa pour la belle poésie sacrée dédiée à notre chère ville natale ainsi qu’à M. Dhiab de nous rafraîchir la mémoire de ce qu’était notre noble cité du bonheur. Sans vouloir tomber dans la dérision, je suis sûre que Soulah el blad doivent à présent se languir des êtres qui appréciaient et qui savaient prendre soin en valorisant leur cité. Si seulement tous les occupants de cette ville pouvaient prendre connaissance de toute la symbolique peut-être que ça les poussera à réfléchir pour agir différemment. Notre patrimoine est en train de s’effondrer à l’image de tout le reste. C’est bien dommage que les élus soient occupés à d’autres tâches ou ne veulent pas s’investir dans le côté environnemental et culturel et pourtant c’est un problème sérieux pour la santé de tout le monde et surtout les générations à venir.

Essalam à tous et gardons l’espoir

Voir le profil de l'utilisateur

7 Re: Poèsie le 17/07/07, 06:48 pm

DHIAB Ben Ghanem


Langue pendue
Chère Jamila, ma soeur

Je me rappelerai un jour, à ton bon souvenir. A propos d'élus, je rebondis et t'envoie ce papier que j'avais fait publier par El Watan, notre quotidien national. La Hayata li men tounadi!

Complainte d’une médina oasienne qui se meurt
N’a-t-on pas remarqué des articles de presse publiés épisodiquement par El-Watan et El-Khabar, rapporter la décrépitude outrancière dans laquelle se trouve l’oued de Bou-Saâda, documents photographiques à l’appui ? Doit on recourir à Green Peace comme certains seraient tentés de le faire, pour trouver des remèdes à nos maux ? N’a-t-on pas invité à cor et à cri la société civile à s’impliquer dans la gestion de la cité ?
Cette complainte serait-elle si ténue pour être inaudible par les différents départements ministériels concernés ? Les départements de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, de l’Agriculture, des Ressources en Eaux, de la Culture, du Tourisme et enfin celui en charge des Collectivités Locales, n’ont-ils pas une revue de presse ? Ce support documentaire n’est-il pas l’outil privilégié pour s’informer des pulsions de cette société en perpétuelle sollicitation ? N’est il pas le réceptacle d’une foule d’informations que les us administratifs éludent souvent par mégarde ou par réserve disciplinaire.
Ce mirador dominant doit permettre de répondre sereinement à des questionnements, pour lesquels certains élus locaux ont failli, par mutisme ou par indigence communicative. N’a-t-on pas encore saisi toute la problématique de cette cité plusieurs fois centenaires, bâtie au lendemain de l’exode musulman après la Reconquista espagnole du 15è siècle ?

Dans son étude sociologique « Cultures oasiennes » Youcef Nécib sociologue et anthropologue faisait préfacer son ouvrage par De Santos de l’université de Sao Paulo. Se peut-il que l’on connaisse la cité mieux au Brésil, que dans le pays où elle se trouve ? L’auteur paraphrasant Hérodote disait que si l’Egypte est un don du Nil, Bou-Saâda serait le don de l’Oued. Slimane Ben Rabéa transfuge de Séguia-El-Hamra, co-fondateur de la Médina avec SidiThameur Ben Ahmed El-Fassi aurait acheté les berges de l’oued de la tribu autochtone des nomades pasteurs des Bédarna, pour implanter le premier noyau humain sédentaire. Il inaugurait ainsi le savoir faire agraire dans cette contrée steppique. Que d’efforts opiniâtres pour vaincre la roche, que de terre arable transportée à dos de baudets, de chameaux et de mulets. Que de murs élevés à l’effet de contrôler les crues de l’oued impétueux qui dévale d’El-Hamel l’ascétique, que de génie hydraulique pour la partition communautaire de l’eau d’irrigation, que de victimes emportées par les flots. Après la colonisation le célébrissime Ferrero, implantait son moulin qui devenait emblématique pour le tourisme colonial. Quatre autres moulins allaient moudre le grain pour une multitude de générations. Le roseau et le bois du laurier rose offriront pour longtemps la matière première pour l’artisanat. La palme, le tronc et la batte du palmier intrants aux multiples usages, proviendront des jardins longeant l’oued. Le Saf Saf, promenade champêtre des écoliers et des familles offrait les olives automnales du jardin communal et le coquelicot printanier. La maisonnette du jardin était la résidence d’été des citadins agro- pasteurs. Caractère nulle part ailleurs rencontré. Le travail de la laine couvrait la froide saison.

Qu’en est-il maintenant ? Seul le laurier rose lutte vaillamment contre les eaux noirâtres et putrides. De temps à autre le croassement guttural d’un crapaud, nous rappelle qu’il y avait jadis une faune aquatique. Le têtard, la libellule le serpent d’eau, le mulet et la carpe ont quitté depuis longtemps les lieux. La main dévastatrice de l’homme moderne est passée par là. Les chemins muletiers dégoulinent de détritus et d’exutoires sauvages. Les villas cossues sur les berges vomissent leurs relents de matière organique nauséabonde.
De lointains visiteurs nostalgiques de l’oued, sous le choc, se ravisent et rebroussent chemin s’illusionnant de s’être trompé de lieu.

Pour qui sonne le glas ? Pour un petit paradis situé à quelques heures de la capitale. La cité du bonheur était appelée il n’y a pas si longtemps, l’oasis d’Alger. Les jeunes qui ont pris conscience de l’enjeu, sont universitaires, lycéens, artisans et beaucoup sans travail, s’intéressent au legs de leurs ancêtres, qui ont fait d’une terre réputée aride une oasis de bonheur. Les autorités administratives et électives locales ne peuvent à elles seules, venir à bout de cette déferlante démographique, qui a caractérisée la cité depuis deux décennies. La paupérisation de larges franges de populations qui vivaient du pastoralisme traditionnel, obligeait ces dernières à se réfugier dans ce centre urbain, où elles pouvaient s’assurer un seuil minimum de subsistance.
N’y a-t-il pas de cellule de communication dans les départements ministériels cités plus haut, pour apporter quelques réponses, mêmes parcellaires au ressac de questions que se pose épisodiquement cette population désemparée, à la recherche de ces repères culturels ? Il ne s’agit plus de devenir économique mais de la survivance d’une identité locale en jachère.

Voir le profil de l'utilisateur

8 Re: Poèsie le 18/07/07, 07:42 pm

Benaziez


Rang: Administrateur
Salam à tous

Quelle surprise, Jamila est de retour parmi nous !!! notre forum va reprendre vie et donner l’occasion aux anciens comme aux nouveaux de se rencontrer sur cet espace virtuel et donner la possibilité à chaque bou-saadi de s’exprimer. En participant au jeu de discussion nous pourrons créer un dialogue favorable à un échange fructueux et utile.
Nas bikri ils ont su administrer leur cité. Partant de postulats simples ils ont crée une symbiose sociale où le respect des valeurs était une règle. Le respect de l’être et du matériel faisait partie intégrante de notre éducation, de la, l’échelle de valeur s’imposait d’elle-même. Le patrimoine se perd et se dégrade et le nouveau est inexistant ou manque d’authenticité. La question est comment donner un autre souffle aux belles choses, à la culture et à l’art instaurant ainsi une dynamique culturelle en mesure de créer la richesse et les principes civilisateurs

Voir le profil de l'utilisateur

9 Re: Poèsie le 18/07/07, 08:01 pm

kachina


mordu
mordu
Quoi ???
Je n'en crois pas mon écran!!!!
Je ne rêve pas vous êtes surs???.
En plus du délice de la plume de Dhiabe, voilà qu'une grande Dame se présente au forum.
Là, mes enfants, c'est le comble du plaisir de se retrouver comme jadis sur notre ancien territoire Bousaada.net (que Dieu aie son âme.)
Bien sur et comme d'habitude ça ne fait que m'encourager à commettre d'autres idioties qui ont fait ma réputations.
Encore une fois bienvenue à tous et au plaisir de vous lire.

Lebrizidane



Dernière édition par le 18/07/07, 10:34 pm, édité 1 fois

Voir le profil de l'utilisateur

10 Re: Poèsie le 18/07/07, 09:53 pm

Jamila


Super Posteur
Super Posteur
Essalam à tous, merci Mohamed, merci monsieur le Brizidane, le plaisir et l’honneur sont pour moi de pouvoir rouvrir cette fenêtre qui nous permet de nous retrouver avec toute la troupe.

Dhiab, je vous félicite pour les actions menées en publiant les papiers sur les quotidiens nationaux. Au moins Ben Adam pourra dire que j’ai fait ce que j’ai pu en espérant que d’autres suivront l’exemple et se mobiliseront pour qu’une action soit prise. C’est triste d’assister à cette dégradation générale. Les gens ne sont pas capables de quantifier le dommage causé par leur comportement, mais l’idée de green peace n’est pas mauvaise. Il y a aussi les blogs et les pétitions puisqu’on est loin et que notre patrimoine nous tient à cœur je crois qu’il y a beaucoup de gens qui sont prêts à signer car c’est un sujet très important, il suffit de scaner les signatures et de les regrouper pour les transmettre. S’il y a quelqu’un sur place qui pourrait s’occuper de faire la transmission à qui de droit ou à une personne désignée – sait-on jamais?. Qu’en pensez-vous?

Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé


Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut  Message [Page 1 sur 1]

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum