BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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BOU-SAADA » Le Café du Village » L’EXODE :

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1 L’EXODE : le 29/08/09, 02:30 pm

BENHOUHOU SAADI


Langue pendue
Lorsque en 1969, je quittais Bousaâda pour Alger, j’avais à peine onze ans. Mon père qui était déjà installé avec mon grand frère à Alger depuis 1964, louait un studio à Belcourt dans un petit hôtel tenu par un boussaâdi : Hôtel El Karma. C’était le lieu de rendez vous de tous les boussaâdis, au point où les quelques taxieurs qui faisaient la navette entre Boussaâda et Alger l’ont adopté comme point de terminus et de départ. Mon père travaillait comme gardien de nuit à l’usine « Rex », qui fabriquait des réchauds à alcool, et mon grand frère était fonctionnaire. Durant les vacances scolaires, je venais souvent les voir avec ma mère à Alger. C’était, pour moi, des moments extraordinaires, car je découvrais Alger et ses secrets. Le jour où j’ai vu pour la première fois la mer, mon premier geste était de goûter l’eau pour vérifier sa salinité. De même pour les files de voitures dans les rues, je pensais que c’était des cortèges de mariages. De retour à Boussaâda, je me souviens de tous mes copains et camarades de classe qui formaient un demi cercle autour de moi et qui écoutaient religieusement mes descriptions et commentaires, souvent exagérés. Alger était pour la plupart d’entre eux un mirage inaccessible.
En 1969, en plein festival panafricain, mon père nous annonça la bonne nouvelle : il venait d’acheter un appartement dans le quartier mythique de Bab El Oued. C’était un appartement semi meublé, se qui nous facilitait le déménagement. C’était au mois de juin, juste après les vacances scolaires. Ce jour là, j’étais excité car tous mes copains étaient là. Lorsque la camionnette Simca Aronde démarra, avec moi assis derrière, certains amis coururent quelques dizaines de mètres en faisant des signes des mains. A ce moment là, je ne me rendais pas compte qu’une page de ma vie venait d’être pliée ; j’étais heureux car j’allais habiter et poursuivre mes études dans la Capitale. J’étais heureux aussi car, pour la première fois, ma famille allait être regroupée sous un même toit.
Au début des années 1970, je me rendais à chaque période de vacances à Boussaâda. C’était une joie indescriptible, car je retrouvais mes anciens camarades, mon quartier (staih), ma tante Zoubida, ma tante Oumbarka et mes cousins et cousines. Puis, avec l’âge, mes séjours dans ma ville natale se sont fait de plus en plus rares. En 40 ans, j’ai dû passer une dizaine de séjours qui ne dépassaient pas la semaine chacun. Pendant se temps, la petite ville que j’avais laissé en 1969 avait grandi sans moi. Mes petits camarades étaient devenus des hommes, certains étaient restés à Boussaâda, d’autres s’étaient exilés à Alger ou à l’étranger et d’autres étaient décédés. Certains s’étaient mariés avec des boussaâdiennes, d’autres avec des étrangères. Pour ma part, c’est mon mariage avec une fille de Boussaâda qui m’a permis de renouer avec ma ville natale. Il a permis à mes enfants de découvrir et aimer la ville de leurs ancêtres.
La cinquantaine passée, chaque séjour à Boussaâda réveillait en moi des souvenirs nostalgiques car je ne reconnaissais plus ma ville. Notre maison familiale se trouve au quartier du Staih non loin du stade. En 1969, il n’y avait qu’un pâté de maisons entre nous et la zone alfatière, actuel lotissement « Cadat ». De 1963 à 1969, j’allais à l’école de Garçons de Plateau dont le directeur était Mr. Kireche. J’avais comme enseignant Mr. Kireche lui-même, Mme Thamri, Mr. Naceur rené, Mr. Ayata Larbi etc. Je me souviens des sorties dans l’oued, avec nos enseignants : on appelait ça, leçons de choses. Je me souviens aussi, des parties interminables de jeux dans le terrain vague qui deviendra par la suite le stade municipal ; ou les descentes de maraudage de figues et d’abricots dans le Djenane Jibra. A partir du mois de mai, notre lieu de prédilection était l’oued : Gueltet Benserguine, Barrages tahtani et foughani, El guelta Ez zergua, Moulin Ferrero, Djenane Roumi… Chaque lieu avait sont histoire, sa légende, ses eaux limpides et sa végétation luxuriante.
Dernièrement, en visitant le nouveau quartier de Sidi Slimane, j’ai passé plusieurs heures pour localiser le tombeau du Saint Homme. Je me souviens lorsque à la moindre occasion, ma famille au grand complet, nos voisins et quelques amis organisons une grande Zerda sur les lieux même du tombeau de Sidi Slimane. Pour y arriver, nous devons emprunter l’ancienne route de Djelfa ; puis arriver à Laouinet, nous quittons la route goudronnée pour une piste qui traversait une immense zone steppique jusqu’au pied de la montagne qui nous sépare d’El hamel. De loin on voit d’abord, deux grands palmiers, puis arriver sur les lieux nous découvrons une modeste koubba à coté d’un ancien château d’eau. Chaque Zerda donnait lieu au sacrifice d’un mouton que ammi Thameur accomplissait avec professionnalisme, suivi d’un immense aïche qui régalait présents et passants.
Enfant, descendre à la « Blaça » avec mon père était un moment de bonheur immense. La « Blaça » était le centre de ville où s’exerçait l’essentiel de l’activité commerciale. Elle s’étendait sur toute la zone du souk, longe la grand-rue jusqu'à l’hôtel Transat en passant par la Ramlaya. Je me souviens que j’adorais déambulé, le jour de marché, à travers les étals. Je restais des heures à écouter les histoire du medah, à observer fasciné les cobras et autres serpents du charmeur. Lorsque j’avais faim je me diriger sans hésiter vers Amar pour prendre un bol de pois chiche. J’allais souvent, à la moindre occasion, voir mon père au café Didah. C’était un café traditionnel où les gens prenaient leurs cafés « djezoua » ou thé à la menthe assis sur des nattes (hsira) d’alfa à même le sol.
J’adorais rendre visite à mon grand père maternel à Mouamines, prés de Djamaâ El Marabout ou à ma tante paternelle à Himame tar à quelques mètres de Djamaâ nakhla au Ksar. Mon itinéraire était immuable : de Staih je passais dire bonjour à mon oncle Thameur par le chemin Sidi Atiya, puis c’est au tour de mon grand père Amar que je trouvais toujours assis devant la porte de sa modeste maison en face de l’église. Ensuite, je passais par haret les Bisker en m’arrêtant un instant chez khali el Hamlaoui, je continuais mon chemin jusqu’à la mosquée des Mouamines puis je remontais Rahbat el baiedh par zgag el hijar jusqu’à la rue Mekhfiat que je descendais. Il ne me restait plus qu’à remonter les escaliers de Himame tar pour regagner le domicile de ma tante Oumbarka. C’est une grande maison construite sur un rez-de-chaussée plus un étage. Ma tante qui était veuve sans enfants habitait l’étage et louait le bas de la maison. J’aimais bien monter sur la terrasse de la maison et rester des heures à contempler le paysage car on avait une vue splendide sur le ksar, la mosquée de Sidi Thameur et la palmeraie.
Dernièrement, j’ai refais le même trajet, 40 ans après ; malheureusement je n’ai rencontré que ruine et désolation. J’ai voulu aussi remonter l’oued à partir de Ain Bensalem ; là aussi j’ai vite déchanté, l’endroit est devenu un immense égout à ciel ouvert et un coupe-gorge. Où sont passés les berges de l’oued, la seguia, l’atelier du peintre Dinet, les moulins (Mzabi, Benserguine, Besker, Ferrero), Laoulège, ces fameux jardins à la végétation luxuriante. Que sont devenus l’hôtel Oasis, l’hôtel du Sahara, le Beausejour, le jardin Jibra avec sa source. Où sont ces gens aimables, honnêtes, cultivés qui faisaient la renommé de Boussaâda. Qu’est devenue ma ville bien aimée ; quelle est cette malédiction qui c’est abattue sur cette magnifique oasis.
Chez moi à Alger, les jours de mélancolie, je me rabat sur mes souvenirs et surtout sur ma collection de vielles cartes postales et photos de Boussaâda. Je refais, avec mes enfants, tous les itinéraires de Boussaâda du début du siècle, des années trente-quarante et même des années soixante, c'est-à-dire celles que j’ai connu. En attendant de jours meilleurs.

Jaoubar

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2 Re: L’EXODE : le 30/08/09, 03:39 am

Benaziez


Rang: Administrateur
Quelle surprise Saadi ! Bienvenue et c’est un réel plaisir de te voir parmi nous. Sincèrement ton récit est un réel voyage dans le passé. Au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture l’émotion grandissait et me nouait la gorge tellement la succession des faits et des souvenirs dégageait une authentique sincérité. Je sentais que ça mentait du fond de soi même. Je me suis aussi retrouvé dans ce voyage où j’ai beaucoup de souvenirs en commun. J’espère que tu m’as reconnu. Je connais très bien ton père Aami Saad, allah yarhmou, et tes frères Mohamed et Kamel qui sont des frères pour moi. Dans le flot des souvenirs, je ne pourrais oublier un certain voyage en septembre 1962, où ton père était chargé, pour mon deuxième voyage à Alger, de m’accompagner avec ton frère Kamel au Lycée Amara Rachid de Ben Aknoun. C’était notre première année, la 6eme en internat. C’était une belle aventure ! La veille nous sommes descendus à l’hôtel du bain, rue de chartre, cet établissement était le lieu de chute des bou saadis à cette époque. Je n’oublierais pas cette longue soirée passée dans cet hôtel. Je l’ai passé avec Kamel, ton père et aussi ta grande sœur à préparer nos trousseaux. Il fallait mettre un numéro, pour moi le 730, sur chaque vêtement. Des moments inoubliables !!!
Si tu te souviens un peu, on s’est rencontré une fois chez Kherifi Ahmed à Reghaïa la veille de son départ pour le pèlerinage.
Au plaisir de te lire encore.


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"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."

Socrate
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3 Re: L’EXODE : le 30/08/09, 04:53 am

BENHOUHOU SAADI


Langue pendue
Cher Benazeiz, c'est avec un grand plaisir que j'ai lu ton message. Je te remercie pour tes commantaires et tes souvenirs qui m'ont replongé dans le passé. Je te remercie aussi pour tous tes écrits sur Bousaâda que je découvre sur le forum. En espérant te lire prochainement, je te dis à bientôt.

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4 ahlan wa sahlan le 30/08/09, 10:38 am

Nassira


Langue pendue
Salam alikoum , je souhaite à tous les musulmans un ramadhan karim rabi yarhamna we yahdina wa yeghferlna inchallah .

SAAD, ahla wa marhba bik j'ai été agréablement surprise de te lire, et voilà que le cercle s'agrandit encore par wlidates lebled, tu ne me connais pas mais je fais partie de ta grande famille du coté de ta maman , j'ai passé également une partie de mon enfance pas loin de chez toi mon oncle allah yarhmou était votre voisin. je connais les filles et ton grand frère , je me rappelle avoir assisté à un grand mariage chez toi c'était grandiose !!!!
je connais également tes cousines jumelles, l'une d'elles m'a enseigné le français au lycée Ziri Ben Menad .
Quelle mémoire et quels souvenirs, tu nous a plongé dans un voyage à travers le temps tés nostalgique, je n'ai pas tout connu mais à mon époque notre oasis avait encore son âme et son aura j(ai connu Bou-Saada ou plutô^t leblaça avec mon grand père Allah yarhmou Ali Ben Said , j'avais le droit à mon sfenj et mes makroutes au café en face de son magasin, j'avais le droit à mon portrait aussi souvent que je le voulais chez Elhair Abderahmane allah yarhmou , j'ai grandi au sein de familles soudées et solidaires , nous aussi on avait le droit aux virées aaà l'oued tous les printemps avec le café, lemdhakar et labrajes ......

J'espère que tous les membres de ta famille vont bien et surtout continue à partager avec nous tes souvenirs, c'était réelemnet un régal de te lire j'en ai été émue , baraka allahou fik

Saha ftourkoum
Fraternellement Nassira

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5 Re: L’EXODE : le 30/08/09, 06:38 pm

BENHOUHOU SAADI


Langue pendue
Chère Nassira, je suis très heureux d'apprendre qu'on a un lien de parenté du coté de ma mère. Tu dis que ton oncle était notre voisin; es qu'il ne s'agit pas de ammi Ahmed ben besker? Ou bien de khali El madani ben Okat qui était aussi notre voisin et cousin de ma mère "allah yarhamhoum gâa".
En effet, Boussaada à beaucoup changé depuis les années 60-70. je me souviens des sorties de "pique nique" familiales à travers l'oued qu'on remontait jusqu'à Ghirène es sabâate (Grottes des lions). Là, on passait la journée à se prélasser et à se goinfrer de brochettes et de kesra. Au printemps, se sont des dizaines de familles qu'on pouvait rencontré à Djenan Roumi en face du ançore (source) ou prés de Hadjra thaïha. La vie était simple sans arrière pensée. Je me souviens aussi d'une tradition, qui a disparu aujourd'hui; c'était les ballades des cortèges, lors des mariages. Il y avait trois destinations privilégiées: Ain Dis, Maïtar et El Aouinet. Pendant environ une heure, on dansait sous la musique de la ghaïta (Mhamed ou Messaoud) et du bendir (Jaïllah ou Bestan). Les salves de baroud étaient assurées par Hbich avec sa légendaire "carabilla". Je me souviens aussi des prestations du célèbre danseur "Louisa" et de la non moins célèbre Meriem.
Bonne lecture et à bientôt.

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6 Re: L’EXODE : le 30/08/09, 07:33 pm

Jamila


Super Posteur
Super Posteur
Merci Saadi pour la sincérité du récit dans lequel nous nous retrouvons tous un peu après notre exode vers Alger et des fois un double exode lorsqu’on se retrouve à l’étranger. Nous avons ressenti les mêmes sentiments à chaque fois qu’on avait l’occasion de retourner à Bou-Saada et ce sentiment a été transmis à nos enfants également. Je ne sais pas si c’est ta famille qui habitait peut-être avant 62 sur la petite montée qui amenait vers l’hôpital et qui était voisine des Menella et Halib. Je venais souvent jouer avec une des filles qui s’appelait Oumessad si mes souvenirs sont bons.
Essalam à tous(tes) et saha ftourkoum

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7 Re: L’EXODE : le 30/08/09, 09:19 pm

BENHOUHOU SAADI


Langue pendue
Salut Djemila, je te remercie pour ton gentil message et te souhaite aussi un ramadan karim. En effet, avant d'habiter staih, ma famille était, d'abord à Mouamine (zgag el Hijar) avant 1940. Puis nous avons habité zgag el khadara prés de l'hôpital jusqu'aux années 50. C'est là où tu a connu ma soeur (il s'agit de Oum el Kheir et non Oum essaad).
A bientôt et saha ftourek

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8 Re: L’EXODE : le 31/08/09, 03:06 am

Benaziez


Rang: Administrateur
Salam à toutes et à tous
C’est un air de famille qui nous réunit et grâce à ta visite au cercle que nous formons tu retrouves deux sœurs, Jamila et Nassira qui ne sont pas inconnues pour toi. Elles ont été présentes avec moi sur cet espace depuis son lancement. Nous participions du mieux qu’on peut à faire vivre cet espace de rencontres conviviales entre bou saadiates et bou saadis et les amis de notre cité. Nous enrichissons chacun de son coté notre mémoire et permettant à tout visiteur de « s’abreuver » le temps d’une lecture de tant de choses et d’histoires ayant marqué notre ville. Les échanges d’opinions ou d’idées participent à l’enrichissement que nous voulons large sauf que les participants ne se bousculent pas trop. Toujours est il que le fait qu’il soit toujours ouvert, ce forum nous réunit et nous donne toujours l’occasion de s’exprimer et c’est une bonne chose.
Zgag el khadhara (rue faidherbe) j’y ai habité pendant l’année 1961 chez mon oncle Mohamed l’instituteur dont la maison était mitoyenne à la votre et c’est la famille El Bahi qui après votre déménagement s’y installa. A propos de Oum El Kheir c’est elle qui a fait le voyage avec nous en 1962.


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Socrate
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9 Re: L’EXODE : le 02/09/09, 08:51 pm

Fodil65


Langue pendue
Salam;

Dommage si on pouvait traduire votre récit sous forme d'un documentaire TV ça serait cool .

Saha ftourkom.

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10 Re: L’EXODE : le 03/09/09, 12:57 pm

BENHOUHOU SAADI


Langue pendue
Salut Fodil, merci pour ton message qui m'a vraiment touché. Moi aussi je te souhaite ramadan karim et saha ftourek.

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11 l'exode le 15/09/09, 12:50 am

silami


Langue pendue
merci saadi vraiment en lisant ton texte sur l'éxode j'ai eu la chaire de poule vs m'aviez replonger dans des souvenires qui ne peuvent étre oublier personnellement je vs connais vous étiez un trés charmant garçon a l'époque et surtout avec des taches de rousseures on tappellait jadis rody,une chose que vs aviez oublier dans votre récit le jeu qu'ont jouaient ensembles la fameuse balle fumée sorte de base-ball et a la bou-saadienne,je vs cite qqs amis d'enfances(kadour dit pekin kouider ben elhozi ali zantaha etc...)je vous salut et saha ramdhanek et aidek mabrouk

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12 Re: L’EXODE : Aujourd'hui à 02:37 pm

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