BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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BOU-SAADA » Le Café du Village » une singulière école indigène

une singulière école indigène

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1 une singulière école indigène le 15/07/07, 05:42 pm

DHIAB Ben Ghanem


Langue pendue
Une singulière école indigène
…un des terreaux du nationalisme



L’école Sidi-Thameur, éponyme du saint patron de la ville, faisait sous le nom de Lucien Chalon, la jonction entre la médina médiévale et la cité coloniale à Bou-Saada. Grande bâtisse dont les ouvertures ogivées sur l’extérieur et les colonnades intérieures, rappellent quelque peu le style arabo-mauresque. Elle connaissait depuis sa création en 1857, une ou deux extensions. La dernière, était celle qui abriterait le cours complémentaire d’enseignement général (CCEG) dont la première classe, s’ouvrait à l’année scolaire 1924-1925.
Son actuel directeur tente de reconstituer sa mémoire oublieuse, des noms de certains de ces illustres élèves, qu’on appelait indigènes. Dans le brouhaha d’un marché aux puces, elle garde dans les arcanes de ses recoins, un silence oppressant sur des moments où l’histoire se faisait écrire, par de futures figures nationales et d’illustres inconnus. M.L Hamina enfant prodige du Hodna l’immortalisait avec « La dernière image ».
Nourredine Labadi qui consacrait sa vie à l’Education et Mohamed Haouari, Sociologue mettent à profit, l’un, le répit de sa retraite et l’autre le temps que peut lui laisser sa fonction d’enseignant, pour dépoussiérer cette mémoire, qui n’a pas livré tous ses secrets. Le document ci après, d’anthologie s’il en fut, écrit à la plume, livre les noms et prénoms de 13 élèves de la 2è année (année scolaire1937/38) Mis à part une française et une poignée de juifs naturalisés français par la grâce du décret Crémieux, le reste était constitué d’élèves indigènes. Leurs parents faisaient partie du 2è collège électoral, constitué de sujets français musulmans de deuxième zone. Le qualificatif « sujet » suggérait et de manière on ne peut plus explicite, la soumission au fait colonial. Considérés comme chanceux pour avoir surpassé l’écueil du cours supérieur, qui mettait un terme à l’enseignement élémentaire des indigènes, ces quelques élèves, étaient relativement âgés pour une deuxième année de cours complémentaire. En mars de cette année 1937, qu’on serait enclin à appeler la « Glorieuse », naissait le Parti du Peuple Algérien (P.P.A) géniteur du déferlant mouvement nationaliste.

L’aîné du groupe, Mohamed Boudiaf âgé de 17 ans était pensionnaire chez Labadi sa famille maternelle. Kaddour Benaissa, vice champion cycliste de la trompe de Zaaf, militera plus tard au sein du mouvement national, il vivra tout comme ses camarades de classe, les affres de l’internement ou de l’exil dans l’Algérie en flamme. Futur receveur de la poste, Ahmed Mèch détenteur d’un poste réputé privilégié, sera plus tard interné et assassiné, le corps abandonné sur une dune. En dépit de leur statut de fonctionnaires, Khaoukha Rahmoun et Lomri Hamza ne dérogeront pas à la règle de leurs compagnons.

Militants de la cause nationale, ils seront internés plus tard, au centre de transit de Damiette et aux camps de Sidi Chami ou de Bossuet.
Les deux seuls survivants de cette liste d’élèves indigènes, sont Baiod Aissa courageux militant, présentement à la retraite après une exaltante carrière d’instituteur en langue française et Abdelkrim Ali fondateur de « Faoudj El Fadhila » des Scouts Musulmans. Ce dernier devenu fonctionnaire des finances après l’Indépendance, est âgé actuellement de 87 ans. Pétri des qualités propres aux enfants de cette Algérie fougueuse, il raconte et écrit d’une main encore sûre, cette belle épopée qu’il sut faire vivre à ses congénères, en cette année 1940, où l’Humanité allait vivre sa deuxième hécatombe génocidaire. C’est ainsi que Ammi Ali, nous offre en cette fin d’année 2006, un inestimable présent immatériel. Défiant l’érosion du temps, d’une surprenante lucidité, sa mémoire restitue à la mémoire collective, ce qu’elle a su garder pendant 66 ans durant.

-« C’est à l’occasion d’un déplacement, alors âgé de 20 ans, à Sétif au mois d’août 1940 que j’ai fait la connaissance d’un jeune scout- Benmahmoud Abdelkrim, et devant mon désir de connaître le mouvement scout. Il m’a accompagné au siège ou j’ai été bien reçu. Durant mon séjour à Sétif, j’ai assisté aux activités et participé à deux sorties avec mes nouveaux compagnons. C’est ainsi que j’ai pu m’initier au scoutisme selon les principes de Baden Powel, créateur du mouvement, en apprenant son mode d’organisation, les chants patriotiques, les sketchs etc. »
Si Ali raconte plus loin, son retour à Bou-Saâda où il prenait contact avec ses camarades, par l’entremise du cercle de la Fraternité de l’Association des Ouléma, qui mettait à sa disposition un modeste local. L’administration que surveillait les faits et gestes de ces jeunes, exigeait des statuts d’association qui ne pouvaient être évidemment accordés que difficilement. Pour contourner la pierre d’achoppement que constituait l’agrément de leur association, Si Ali et ses camarades prirent la décision d’adhérer aux SMA d’Alger, leur lieu de résidence relevant à l’époque de cette préfecture.
-« Nous avons pris contact avec Bouzar qui dirigeait le groupe scout de la Pêcherie qui nous mettait en contact avec Bouras, qui s’était rendu à Bou-Saâda à deux ou trois reprises. Celui ci a animé quelques unes de nos activités et nous a accompagné pendant les deux premières sorties et nos découchés en pleine nature. Il nous a mis en contact avec le Groupe El Felah de la Casbah ou activait si ma mémoire est bonne, Abderrahmane Aziz, Kaddache et d’autres dont, je ne me souviens plus du nom.
Instruits de la culture scout, et renforcés dans notre conviction après ce séjour, nous avons organisés des activités culturelles, pièces de théâtre et participés aux fêtes religieuses au sein des mosquées etc. Nous participions aux conférences des Oulémas, tels cheikh Bachir El Ibrahimi et cheikh Bayodh. »



Ammi Ali nous apprend que la population autochtone acquise à la cause, a aidé matériellement le groupe scout naissant, pour l’achat de tenues réglementaires, de livres sur le scoutisme et sur l’histoire d’Algérie ainsi que des instruments de musique. Il continue son récit :
-« Nos amis du cercle de la fraternité- Harkat Ali, Bisker Mohamed et Nadjoui Ali nous ont servi d’instructeurs et de mourcheds dans les principes religieux et historiques. D’autres personnalités de la ville tels que Hattab Salem, Terfaia Abderrahmane nous ont couvert au regard de l’administration coloniale, qui s’interrogeait sur nos activités.

En 1941, je conduisais la délégation de Bousaada composée de Benhamida Abdelkader, Ghiouèche Ali et moi-même à un important camp de jeunesse qui s’est tenue à El Riadh, environs d’Alger avec la participation des SMA- et des scouts et éclaireurs de France. L’activité de notre dynamique groupe s’est étendue rapidement à l’ensemble des agglomérations de Bousaada et a rayonné a plus de 100 km autour de la ville. Par la suite et sur instructions de Bouras, nous avons participé à la création des scouts de Msila et de Djelfa.
Suite aux relations de confiance tissées avec lui et au dévouement de notre groupe à la cause nationale, le regretté Bouras m’a invité à titre personnel, en son domicile à Alger pour un entretien privé au cours duquel, il m’a informé de son activité patriotique, de ses sorties à l’étranger et de sa manière de s’informer. Après sa lâche exécution par le régime colonial en mai 1941, l’activité de notre groupe, douloureusement secoué, s’est quelque peu ralentie. Elle reprenait vigoureusement au lendemain du pogrom du 8 mai 1945 et ce jusqu’au déclenchement de la lutte armée. » Ainsi s’achève le récit de Abdelkrim Ali, camarade de classe et compagnon de route du défunt président Mohamed Boudiaf. Nous avons par fidélité au texte original, respecté sa graphie


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