BOU-SAADA

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M'hamed Belaouissi n'est plus

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1 M'hamed Belaouissi n'est plus le 16/09/08, 04:45 pm

Benaziez


Rang: Administrateur
El Watan edition du 15 09 2008

M’hamed Belaouissi n’est plus : L’hommage de Bou Saâda

Alité à l’hôpital de Bou Saâda pour des troubles trophiques au pied gauche, M’hamed Boutchicha, plus connu sous le nom de Belaouissi, souffrait de diabète, de troubles de la vision et d’insuffisance rénale chronique.


Cela se passait en 2007. Si les affres de la guerre de Libération nationale n’ont pas eu raison de lui, les maladies conjuguées l’ont emporté en ce Ramadhan béni. Il quittait la vie entouré des siens, décidant volontairement de ne plus subir la contraignante séance de dialyse rénale.Il la ressentait comme un affront fait à son intégrité physique. Il n’aimait jamais parler de lui-même, il laissait le soin aux autres. Hama Tahar, qui était le chef du groupe de choc de la ville de Bou Saâda, ne parlait de lui en marge du séminaire sur la résistance oasienne, tenu en mai 2008, qu’en termes loufoques, en dépit du drame que vivaient ces hommes à cette époque.

Il se rappelle notamment l’incursion opérée au domicile de Si M. M. en plein cœur du quartier européen, et qui devint, par la suite, un markaz ou casemate que les forces coloniales n’ont jamais pu découvrir. L’orateur continue son récit par une aventure vécue par lui-même, le défunt et un autre compagnon : « Il nous est arrivé de braver des dangers qui ne pouvaient être que mortels, tels que ceux de cette nuit où, accoutrés de melhefa et fortement armés, nous avons traversé un barrage militaire à la sortie nord de la ville. Embarqués par le fils du maire dans une 203 Peugeot, les gardes mystifiés nous permettaient le passage.

Le coup fumant n’éveilla aucun soupçon et le retour se fit sans encombre, en dépit de la malle du véhicule chargée de cent tenues de combat. Le ‘‘dévoilage’’ se fit dans l’euphorie… insouciance de jeunesse. » Si M’hamed, né en 1936, regagnait le maquis très jeune, et c’est en 1956 qu’il rencontrait Si El Haouès aux environs d’Ichemoul dans les Aurès. Sur les vingt jeunes qui devaient aller en Tunisie, le chef de guerre en disqualifiait un petit groupe. Boutchicha en faisait partie, le « vieux » responsable considérait ces recrues comme très jeunes pour tenter cette aventure périlleuse. Si M’hamed se rappelle, avec un profond soupir, qu’aucun n’en est revenu.

Enrôlé dans le groupe d’Ali Meheri, il aura été de toutes les actions « fida » qui ont eu lieu de 1956 à 1958. En 1959, il est à Mimouna ; sa marche forcée avec sa katiba ne leur a pas permis de rejoindre Si El Haouès et Si Amirouche, tombés déjà dans l’embuscade qui leur était tendue. Sa poitrine se soulève et une pointe de regret semble en sortir, comme s’il se faisait un reproche. Dans sa chambre d’hôpital, il était maintenant debout près de la grande baie, il scrutait le Kerdada.

De longs moments de silence entrecoupaient l’entretien ; cette montagne, qui borde la ville du côté sud, doit lui rappeler ces nuits noires où ils pouvaient agir à leur guise ou immensément éclairées et qui ne permettaient pas beaucoup de déplacements. « J’ai participé avec mes compagnons Hama Tahar, Ali, Boualem et d’autres à 56 actions de fida… Bien sûr que nous avions des centres de replis ! Des kasemates à dechra El Gueblia, à Djenan Lebtoum et même en ville. » « Nous sommes allés en Kabylie en plein hiver, ça gelait… Nous sommes restés trois mois ensuite à Berrouaghia. Moi, je faisais partie de l’escorte de Si El Haouès.

Il nous a demandé d’offrir cinq fusils à nos camarades de la Wilaya III. » « Nous, nous étions de simples djounoud, nous ne savions pas ce qui pouvait se passer entre les chefs. On était là pour exécuter leurs ordres, c’est tout ! » Silence puis tristesse dans la voie : « On a vu beaucoup de nos frères mourir dans les combats ou dans la souffrance de leurs blessures… Allah Yarhamhoum ! »Aujourd’hui, 9 septembre 2008, correspondant au neuvième jour du mois sacré, ses compagnons de combats, qui ont survécu à la guerre ou à la grande faucheuse, sont venus de toutes parts. De Djebel Messaâd, de Meharga, de Gouégaâ, de Zaâfrania, de Boukehil, des Maâdhid, des profondeurs des Ziban et même d’ailleurs.

Les lieux qu’il a hantés sept ans durant lui rendent l’hommage dû aux grands combattants. La jeune génération, qui n’a pas participé à la glorieuse révolution, a tenu à faire partie de la procession. Ainsi s’achève une belle page de l’histoire que Si M’hamed et ses compagnons ont écrite en lettre d’or et de sang. Je confirme.


Par Farouk Zahi

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