BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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BOU-SAADA » Ce qu'ils en disent » Du pain..., juste pour du pain

Du pain..., juste pour du pain

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1 Du pain..., juste pour du pain le 09/02/08, 03:47 am

kachina


mordu
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Par Farouk Zahi

Ils sont là, par tous les temps, alignés aux abords des marchés, le long de l'autoroute, des enfants, des femmes et parfois même des hommes. Ils proposent, avec une imperceptible supplication dans le regard, aux passants et aux automobilistes, une galette ou un pain maison.

Le panier plein peut rapporter 500,00 DA, une « fortune », mais ce n'est pas toujours le cas ; la mévente est une autre probabilité, dont il est tenu compte. Ce phénomène est observé dans les quartiers populeux de la capitale, le Sahel et la Mitidja. A quoi ce phénomène pourrait-il être dû ? A première vue et sans être grand devin, ces familles d'anciens ouvriers des secteurs industriel et agricole d'Etat, vulnérabilisées par le fait de la déstructuration du tissu industriel et du démembrement des domaines dits autogérés, ou par celui d'une indécente pension de retraite, ont été poussées à la déshérence sociale. Les ristournes en nature auparavant « octroyées », produits alimentaires ou maraîchers, assuraient une part non négligeable dans la sécurité alimentaire des familles. Il n'en était plus de même après le débauchage ou la mise à la retraite, le manque à gagner est insurmontable.

Ces milliers de travailleurs autrefois sécurisés par la pérennité de l'emploi, la prise en charge sanitaire, le transport et la cantine gratuits et la modicité des charges générales, loyers, fourniture d'eau et d' électricité, ne pensaient pas un seul instant qu'ils resteraient en rade un jour. L'âge d'or de l'Etat providence avait donné l'illusion à une multitude de chefs de familles, de ne point se soucier de l'avenir. Ces familles étaient encore à l'abri du besoin par le salaire perçu en rapport avec le coût de la vie de l'époque, plus maintenant, la déprime de leur pouvoir d'achat a été vertigineuse.

Quant à la pension de retraite calculée sur les revenus d'alors, elle ne couvre actuellement qu'une infime partie les débours quotidiens, d'où le rouleau compresseur de l'appauvrissement. Le souci majeur est représenté par la facture alimentaire journalière, l'ouverture du marché au vêtement usagé (friperie) a, fort heureusement, trouvé la parade aux besoins de l'habillement. Ebranlée dans ses fondements vitaux, la famille, toute la famille se mobilise à la recherche d'aléatoires sources de revenu. La femme est en première ligne dans ce combat, veuve, divorcée ou même mariée, elle est interpellée plus que jamais pour assurer tout ou partie, de la subsistance des membres du foyer. Sa modeste condition et son inculture la placeront imparablement dans la catégorie des gens de maison pour le ménage, la cuisine ou autre domesticité à temps plein ou partiel, le plus souvent sans couverture sociale contre la maladie ou l'accident du travail. La femme traditionnelle timorée par nature et apeurée par l'extérieur, générera des revenus à partir du foyer, lessive, roulage de couscous ou confection de pain. En plus des charges intérieures, elle fera des « heures supplémentaires » pour améliorer l'ordinaire de sa couvée, à charge pour les enfants ou le père de vendre la semoule panifiée.

Les aînés des enfants, notamment les filles, parcourront d'interminables couloirs, d'une multitude de bâtiments administratifs, à la recherche d'un emploi même précaire. Celles de niveau supérieur braveront les intentions empreintes parfois de lubricité de leurs recruteurs, pour obtenir un poste de pré-emploi. Que ne faut-il pas subir pour subvenir aux besoins de ses rejetons de frères.

Ce particularisme de vente de petits produits - pain, herbacées et autres - en bordure de route longeant des terres agricoles, renseigne sur les producteurs qui ne peuvent être que d'anciens coopérateurs ou ouvriers agricoles déchus, soit par la disparition juridique du domaine agricole ou par l' avancée dans l'âge.

Il faut cependant admettre aussi que les intrants, la semoule dont le prix du quintal virevolte à des cimes jamais atteintes, le butane qu'il faille ramener d'ailleurs ou le bois, souvent à glaner, ne sont pas à portée de main ni de bourse. Faut-il rappeler à l'occasion, le chant des sirènes des partisans du libéralisme économique et les coups de boutoir de leur guerre d'usure menée contre le monopole de l'Etat sur les produits alimentaires stratégiques ? Quand la citadelle fut réduite, les chantres de la démonopolisation d'hier ont supplanté sans scrupule l'Etat, avec la providence en moins. Honnis soient qui...

Pour revenir aux façonneurs de ce pain domestique, l'effort consenti n'est même pas pris en compte dans le prix de revient du produit proposé à la vente. Si l'on revient à l'âge et à la composante de la ribambelle d'enfants chargés de la commercialisation, il est remarqué que les filles sont plus nombreuses que les garçons, que l'âge peut varier de six à quinze ans, tout autant vulnérables qu'exposés au risque. Cette précoce mise sur le marché de l'emploi n'est pas exempte de dangers et de déviances. Le premier de ces risques est la déscolarisation, par phénomène centrifuge, le rythme du programme scolaire ne pouvant être soutenu par l'enfant chargé de tâches accessoires qui, à la longue, peuvent devenir principales. L'initiation au gain matériel généré par la vente, ne manquera pas de mercantiliser l'esprit encore immature et le désintéresser de l'acquisition de la connaissance.

Le rejet scolaire alimentera ces cohortes d'enfants incultes et jetés en pâtures au désoeuvrement et à la traite de toutes natures. A un âge plus avancé, le risque de dévoiement est plus prégnant. Maintenant que le décor de la tragédie est planté, qu'en faut-il y penser ? A-t-on un jour, par pur hasard ou même par intention délibérée, observé le fond de ce regard d'enfant intrigué par nos atours d'opulence, de la manucure de nos ongles au luxe de notre carrosse, ou des beaux habits de notre progéniture joufflue, au jacassement de notre compagne et dont il ne comprend pas un traître mot ? Ces enfants dépenaillés, au minois barbouillé vêtus de manière disparate et grelottant sous le froid, ne feraient-ils pas partie de l'enfance de ce pays ?

Acheter un pain chez ces victimes expiatoires d'une gouvernance qui, jadis, a conduit à l'illusion de l'aisance économique surfaite, c'est faire acte non pas de charité mais de solidarité mutuelle. N'avons-nous pas bénéficié des largesses du Trésor public, en matière de soutien des prix des produits alimentaires, de gratuité des soins médicaux, du ticket de resto universitaire, de l'acquisition d'un logis au prix symbolique, d'une allocation touristique quand la parité de la monnaie nationale valait plus qu'un franc français (F.F) ? Ne peut-on pas renvoyer l'ascenseur à ceux et à celles qui nous entourent et qui, par décente retenue, n'affichent pas leur dénuement au point où ils l'assument en silence. Ils échappent à la statistique des listes de démunis et autre filet social. Sait-on déjà à quoi devait servir le filet social ? Selon ses premiers concepteurs, il devait, au lendemain de la fin des années quatre-vingt (80), sustenter la couche sociale la plus exposée afin de lui éviter l'impact brutal sur « le béton » de la récession économique qui frappait le pays de plein fouet. Le filet ne semble pas avoir résisté au poids de la masse.

En dépit de cette silencieuse tragédie, on continue d'ergoter sur la cohésion sociale et le devenir de ceux qui ont toujours eu la chance, d'avoir un emploi et sous toutes les latitudes. S'il fallait graduer la pauvreté, on devrait commencer par ceux qui ne mangent qu'une seule fois par jour et pas à leur faim. Quant aux autres attributs de ce que l'on peut qualifier de vie décente, il vaut mieux ne pas y penser.


Qui est Farouk Zahi ?


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2 Re: Du pain..., juste pour du pain le 14/02/08, 02:09 am

Benaziez


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Comme à son accoutumé Farouk Zahi nous lance à la face la réalité que nous cherchons à éviter.


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"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."

Socrate
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CHAAMBI


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4 Re: Du pain..., juste pour du pain Aujourd'hui à 08:28 pm

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