BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Ces walis qui ont presque gouverné

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1 Ces walis qui ont presque gouverné le 04/11/07, 05:56 pm

kachina


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Ces walis qui ont presque gouverné

par Farouk Zahi

(Quotidien d'Oran)


La lecture de la dernière production de Y.E. Yazid, intitulée «Ces ministres qui nous gouvernent», n'était pas sans réveiller de vieux démons dans le registre de l'évocation. Aussi n'est-il pas intéressant d'évoquer ces commis de l'Etat et militants qui ont fait de la chose publique un sacerdoce ?

Il s'agit des walis qui ont réellement gouverné des provinces, qui avaient parfois la dimension territoriale d'un pays européen. L'ancienne wilaya des Oasis s'étendait de Sidi Makhlouf à Tin-Zaouatine. Inscrits dans l'Ordre des valeurs nationales, ils ne sont pour certains, plus de ce monde, d'autres «végètent» à l'ombre du souvenir ou de la pension de retraite perçue le 18 de chaque mois, dans un guichet de poste de quartier, où le préposé les interpelle d'un ton frisant parfois le dédain. D'autres encore en exercice ont la désagréable impression d'être des redoublants parmi leurs jeunes pairs. Assurant une fonction des plus ingrates de la pyramide institutionnelle, probablement plus contraignante que celle d'un ministre, ils se retrouvaient seuls devant la bonne ou la mauvaise décision à prendre. Les dividendes de la bonne seront imparablement partagés, aussi bien au niveau local qu'au niveau central; par contre les retombées négatives de la mauvaise n'incomberont qu'à la seule autorité, qui en aura pris la responsabilité. Reconnus et connus même en dehors de leur aire de compétences, ils forçaient le respect.

Si Ali Gh., wali de Tizi Ouzou, «détournait» de pleins convois de camions de ciment au profit de sa wilaya, en plein programme spécial. Ce «brigandage» aurait fait sourire le défunt Président qui aurait même dit: «A la guerre comme à la guerre», disait-on. Il s'agissait d'une vraie guerre à mener contre le dénuement socio-économique.

Ahmed B., wali du Titteri de l'époque et futur ambassadeur, effectuait ses tournées d'inspection chevauchant ... une grosse moto. Il lui arrivait de souvent prendre en selle un responsable de secteur, dit-on.

Rachid A. prenait le manche d'un piper de l'aéro-club de Bou-Saada, pour survoler les profondeurs de la nouvelle wilaya de M'sila. Il pensait à haute voix: le Hodna sera la nouvelle Californie algérienne. Quelque peu visionnaire, El-Maadher, cette plaine alluvionnaire, que se partagent les communes de Bou-Saada, Maarif et Bir Henni, est devenue un immense champ agricole et l'un des principaux bassins laitiers du pays.

La jeune couvée a aussi payé, parfois même de sa vie, son attachement aux intérêts supérieurs de la nation; Mohamed B. se faisait cribler de balles aux premiers détours de la forêt de cèdres de Theniet El-Had, avec ses compagnons d'infortune. Personne ne les obligeait ce jour-là, à prendre ce risque mortel. Et ils l'ont pris pourtant !

Abdelmadjid M. reconstruisait Aïn Témouchent dévastée par le séisme, livrant son corps à la maladie, qui le rongeait et l'emportait.

Belkacem B., ex-wali de Mascara, dépité et amoindri par la maladie, disparaissait la veille de son soixantième anniversaire, dans un hôpital de la périphérie d'Alger.

Le flash-back encore vivace ne pourra restituer que quelques bribes de cette belle épopée, sertie d'épiques défis. Les nouvelles circonscriptions territoriales de 1974 ne disposaient même pas de siège adapté aux missions dévolues, encore moins d'encadrement qualifié. Mus par on ne sait quelle énergie, en tout cas pas celle du désespoir, ils donnaient sans compter. Certains ont même hypothéqué le devenir scolaire de leur descendance, par leur perpétuelle transhumance. Sous leurs premières impulsions dynamiques, d'anciennes bourgades se sont transformées en respectables métropoles régionales. Faut-il rappeler aux amnésiques, que sur le seul plan de l'information télévisuelle, le faisceau de transmission ne dépassait guère les cent km de rayon et la radiodiffusion n'était le particularisme que des trois anciens départements français. Ceci pour dire que d'innombrables actions ne passeront probablement jamais plus dans la consignation mémorielle de la postérité.

Par quoi fallait-il commencer, par l'école, le dispensaire, la route, l'eau potable, l'assainissement, l'électrification ou le logement ? Ou bien le tout à la fois, et c'est l'option qui a été retenue par le premier plan triennal, les programmes spéciaux dits des Oasis, des Aurès, du Titteri, de la Kabylie, de la Saoura et de Saïda. Le réseau de gaz naturel investissait Tizi Ouzou et Médéa dès 1970. Le raccordement des foyers était gratuit et Sonelgaz vendait des équipements de cuisson et de chauffage à tempérament. L'unique cimenterie qui alimentait le pays était celle de la Pointe-Pescade (Raïs Hamidou). Point de bureaux d'études techniques ni d'architectes et d'ingénieurs. Tout était à inventer ! Les directions de l'infrastructure et de l'équipement dont celle de Médéa que je connaissais le mieux ne disposaient que d'architectes balkaniques et autres égyptiens. En dehors d'Alger, tout le centre du pays était couvert par un bureau d'études étranger basé à Blida. On rapporte que l'esquisse de la mosquée de la nouvelle ville de Béni Slimane plaçait le mihrab en position nord de la structure. C'est dire l'indigence de l'époque, en capacités techniques nationales.

Abdelkader A., chef de daïra de cette circonscription sortie de terre, futur wali de Souk Ahras, se rappelle encore du projet de cette route de montagne, qui devait joindre Djouab à Chellalet El-Adhoura. Accompagné de techniciens, il faisait le trajet pédestre, pour s'assurer que le gros des populations rurales serait désenclavé.

Le défunt Abdelghani Z. à qui on confiait, à l'orée des années 80, les destinées de la wilaya de Djelfa, ne portait costume et cravate que lorsqu'il lui arrivait de se déplacer vers la capitale. Blouson, bottes de cuir noires et jean constituaient sa tenue de travail. Non pas par excentricité, mais par souci opérationnel. Il fréquentait beaucoup plus les pistes poussiéreuses de la steppe que les quelques tronçons asphaltés dont disposait la wilaya. Le mardi consacré jour de sortie sur le terrain, les lève-tôt s'habituèrent à la procession de véhicules tout-terrain quittant le siège de la wilaya. Que ce soit dans les profondeurs du «sahara» de Messaad, no man's land partant de cette dernière localité aux confins de Guerrara (Ghardaïa) au sud où d'ouest en est, de Sed Berahal à Ras El-Miad aux confins de la wilaya de Biskra ou au nord de la wilaya, son empreinte indiquait son passage. Au fil des tournées hebdomadaires, tous les lieux-dits devenaient des centres de vie. On y implantait l'école, le dispensaire, la poste, le réseau d'AEP, le centre d'échanges rural (CER) et d'autres petites choses. Les membres de son exécutif n'appréciaient pas cette débauche de projets et ne voyaient pas l'intérêt de cette prodigalité. Ils avaient bien tort, le temps les a désavoués. Ces lieux-dits, Benhar, Benyagoub, Tadmaït, Sed Rahal, Aïn Fekka, Zaafrane et bien d'autres étaient érigés en chefs-lieux de commune, dès la réorganisation territoriale de 1984. Il lui est reconnu cette hargne, non démentie d'ailleurs, de fonceur. Il ne cédait pas sous la pression de la défunte SNMC, potentat du ciment, qui tentait d'implanter sa cimenterie en plein massif du Senelba, poumon végétal de Djelfa. Il anticipait son action bien avant les écologistes. La forêt de Moudjebara, 20.000 hectares de pins d'Alep, est actuellement en pleine production. Respectueux de ses collaborateurs, il leur faisait aimer le goût du travail. Kouider, le photographe de la wilaya, faisait «partie» du staff wilayal. Il immortalisait tous les moments forts d'un développement tous azimuts. Djelfa, qui n'avait que le lycée Naïm Naïmi, en a actuellement plus d'une dizaine et un centre universitaire en prime. De 60.000 habitants environ à l'époque, elle est présentement à plus de 200.000.

Sous la houlette de Mohamed H., la wilaya de Biskra connaissait entre 1984 et 1989 un développement sans pareil. Soutenu par un schéma directeur d'aménagement, cette wilaya oasienne faisait son bonhomme de chemin. La ville de Biskra devenait la première ville universitaire du Sud et la 10e ville du pays. Issu de l'encadrement de la wilaya historique du Nord-constantinois, ce jeune moudjahid, a lui aussi gravi tous les échelons de la hiérarchie locale. Force tranquille, il respectait l'ordre de l'éthique administrative, on ne l'a jamais vu en bras de chemise en dépit du torride climat. Il faisait de la ressource hydrique et de la gestion urbaine ses béliers de combat. Des kilomètres linéaires de forage étaient réalisés pendant que l'accession à la propriété foncière agricole faisait ses premiers pas. L'avenir l'a conforté dans sa vision prospective. La petite localité de M'ziraa devenait le marché national de la fève et Zeribet El-Oued du henné et du safran. De première wilaya phoenicicole, elle fait partie du peloton de tête des wilayas à production agricole de champ. L'ancienne daïra de Tolga lançait deux serres à titre expérimental, elle disposerait actuellement de 100.000 et propose deux récoltes en primeur par an. La prédominance légumière du Nord est certainement en train d'être battue en brèche. La wilaya d'El-Oued, autre fleuron de la culture de pomme de terre, fameux tubercule ayant récemment hanté les nuits de nombreux cabinets, relevait de la wilaya de Biskra, avant sa promotion administrative, s'il faille le rappeler. L'ouverture des grands boulevards périphériques et des autoponts de Sidi Zarzour, qui font la jonction avec le nouveau quartier d'El-Alia, font partie de ses oeuvres. Cette nouvelle ville s'implantait sur des lotissements comprenant voirie et réseaux divers (VRD). On n'avait plus rien à inventer en matière de règles urbanistiques. La vie culturelle n'était pas en reste; les premières journées d'études historiques sur Okba Ibnou Nafaa étaient organisées, sur le théâtre même du déroulement des faits événementiels. La ville éponyme bénéficiait de la réhabilitation de son vieux bâti y compris la plus vieille mosquée du pays, ici même où se trouve le mausolée de l'illustre personnage. Il était donné le coup d'envoi aux premières poésiades bédouines (okadhiate). Annuellement organisées dans chacune des communes, qui se particularisaient par cette tradition oratoire du terroir, elles regroupaient chantres et bardes du pays. Le cabinet et la grande salle de délibération étaient cédés à la maison de la culture naissante. Imposante bâtisse de type arabo-mauresque, elle s'ouvrait sur la nouvelle place de la Liberté agrémentée d'allées fleuries. Le siège de la wilaya se contentait d'un nouvel immeuble jouxtant les lieux. On créait le premier village artisanal, fait de matériaux locaux (toub et torchis), croyant dur comme fer en l'avenir touristique de la reine des Ziban.

Jeune loup des premières promotions de l'Ecole nationale d'administration, T.M., toujours en exercice, administrait au début des années quatre-vingt-dix, la bouillonnante wilaya de Médéa. Il défendait la pérennité de la République, sans état d'âme, encore moins d'atermoiements. A la première session de l'Assemblée populaire de wilaya à majorité partisane, il quittait la salle en compagnie de tout le staff exécutif. Les attributs de la République, portrait du Président et buste du fondateur de l'Etat algérien, n'étaient plus à leur place. La reprise n'avait eu lieu qu'après d'âpres négociations.

Ce n'est qu'après le rétablissement de l'ordre des choses, que cette première session délibérante entamait ses travaux. Un autre bras de fer opposait ce wali à une autre Assemblée populaire communale de même obédience. Le différend était constitué par le graphisme apposé sur le fronton du siège communal. La plaque apposée le soir était immanquablement déposée le matin. De guerre lasse, l'ardeur effrénée de la fronde s'émoussait après plusieurs jours. L'ascendance de la puissance publique mettait un terme définitif aux velléitaires conquêtes territoriales. D'autres par contre, peu nombreux heureusement, avaient sans épreuve tourné casaque.

Le dernier de cette belle lignée de responsables, encore en exercice dans le grand Sud, a eu à son actif une grande part dans le développement socio-économique de cette wilaya de Tamanrasset, plus vaste que l'Hexagone français et limitrophe de deux pays subsahariens. M.D. mettait en péril son intégrité physique, lors d'une mission sur Tin-Zaouatine. Se recevant mal sur le siège d'un véhicule tout-terrain, qui a cabré sur une dunette, il refusait de rebrousser chemin en dépit du conseil du médecin qui accompagnait le cortège. On était encore à 250 km de piste rocailleuse de la destination programmée. Défiant la douleur et l'inconfort, il terminait sa tournée dont le périple dépassait le millier de km. La fracture d'une vertèbre, avait failli sectionner la matière noble de son échine.

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