BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Un clan oasien (suite et fin)

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1 Un clan oasien (suite et fin) le 10/10/07, 09:52 pm

DHIAB Ben Ghanem


Langue pendue
La mosquée avec son minaret octogonal, a été pendant longtemps, la fierté du quartier et de la ville. Les mouadhines Wahab et Lach’hab malvoyants, étaient sciemment choisis par la Djemaâ, pour l’appel à la prière du haut du minaret. Leur infirmité préservait, l’intimité des foyers que le minaret surplombait. Les marches en colimaçon du minaret, donnaient le tournis aux non initiés. Ce petit lieu du culte, disposait d’une terrasse où l’on pratiquait les prières du Maghreb et du Icha’a en été. La salle d’ablution en sous sol, était centrée d’un bassin circulaire et d’un banc faïencé de même forme. On puisait l’eau dans le creux de la main pour s’ablutionner. L’intérieur de la salle de prière, comportait quatre rangées de colonnes qui sustentaient les arceaux. Le fond clair obscur, où serait enterré le patriarche des Néchnèch, offrait aux lecteurs un espace de recueillement. Immédiatement au dessus, une sedda (mezzanine) toute de bois, sert de salle de prière pour les femmes. Celles-ci, y accédaient par un accès dérobé, à partir de l’école coranique. Le mihrab et le minbar, étaient sertis de belles ciselures en émail. Cette école coranique gérée par la communauté, eut des maîtres de renom , de cheikh Zerrouk qui y organisait la première médersa mixte au cheikh El Moghrabi, venu de son lointain Tafilalt. Le taleb était totalement pris en charge par la communauté. Si Belkacem Chemissa et Si Lahrèche Cheikh, l’homme au tricycle, avaient succédé aux premiers nommés.
On peut accéder à partir du parvis de la mosquée, soit vers l’oued et à la palmeraie qu’on appelle « Jenna » ou à l’esplanade de « Lemsayrah ». Cette aire servait pour longtemps aux randonnées camelines touristiques de Mohamed « El-Guizaoui » et de Benaissa « El Hemdi ». Deux européennes, une suissesse et une anglaise y élisaient domicile.

Où s’arrêtent les Ouled-Hamida ? D’aucuns disent que le quartier va jusqu’à l’hôtel Abdallah Lograda. Ceci est fort probable, du fait de l’appartenance des habitants en contrebas de l’hôtel « Transat ». Il s’agit des Asloun, Brahimi, Benraâd et autres. L’hôtel Lograda est en fait une grande demeure à un seul étage. De construction mauresque raffinée, elle dispose d’un jardin suspendu sur sa façade postérieure. Planté sur un espace surélevé par des murs de soutènement fait de moellons de pierre, le jardin était agrémenté de plusieurs essences, dont le citronnier.
La Djemaâ se retrouvait toujours après la dernière prière du soir. Elle se regroupait à l’angle de la rue menant à la mosquée et la pénétrante du quartier. Ce point stratégique contrôlait, l’entrée principale de la « Hara ». On l’appelait « Dhaouya », en référence à la lampe de l’éclairage public. Il y en avait en tout et pour tout, trois points lumineux. Le réseau électrique s’installait dès l’année 1938. Les leaders, palabraient de tout. Ils géraient la vie courante de la communauté. A la veille de l’Indépendance, Si Messaoud ben Ali ben Slimane (Brahimi) était son dernier chef de fraction. On remarquera que le nom de famille, imposé par la colonisation, n’a pas pu violer le coutumier.
Badredine Mohamed assassiné à Haouch Naas, était le relais de Achour Ziane. Il recrutait pour le maquis de Palestro. Les Guéouèche s’énorgueillisent d’avoir générer Boualem l’intrépide, dont l’arme à poing de fidai, abattait plusieurs collaborateurs et militaires français. Les Ouled Hamida ont eu leur hôteliers et restaurateurs, Ahmed Lograda, Med Seghir Lamara, Lakhdar « Mirage », Messaoud Meftah et Belkacem Touha. Ce dernier est le dernier survivant de cette belle lignée. Mohamed Rachid géomètre, Ali Harkat défenseur de justice, Menadi Makhalet écrivain public, faisaient la jonction avec le bureau arabe, pour éviter à leurs congénères, les vexations de l’humiliation. H’mam son charretier qui assurait « Rihlata chitai ou assaiffi » entre sa ville et Djelfa, était en même temps le fossoyeur bénévole. Le moulin des Mozabite, tenu par Abdallah Bensaâdoun, pourvoyait la communauté en mouture de grain. Amar ben Sakhri était le grimpeur de palmier attitré, pour les opérations de pollinisation ou de récolte de datte. Lors de la campagne les enfants amusés, recevaient sur la tête tels des grêlons, les dattes qui tombent du palmier ébroué avant la taille des régimes.
D’où tirait-elle, cette autarcie, ses maigres ressources ? L’épandage des eaux de crue au Madher, permettait de récolter quelques décalitres (S’aâ) de blé dur. Les jardins offraient les produits maraîchers de subsistance. La tomate, l’abricot et le piment en surabondance, étaient séchés sur la terrasse, ils serviront dès l’arrière saison. Les quelques moutons confiés au pasteur, produisaient la laine et le beurre de brebis. La toison fournissait la matière d’œuvre pour les infatigables tisseuses. La moyenne annuelle de production, allait jusqu’à dix burnous et quelques haiks et tapis. La vente en était assurée, par Slimane Ghomras et Hama Hadji. Le lait matinal provenait des chèvres domestiques. Conduites par un berger payé au mois, elles paissaient sur le piémont du Kerdada, pour ne revenir que le soir. De retour au bercail, chacune d’elles, se détache du troupeau pour donner un coup de tête à la porte familière, annonçant ainsi son retour. Les maisons qui ne disposaient pas du « tout à l’égout », faisaient vidanger leurs fosses une fois l’an. Les produits organiques transportés à dos de baudet, faisaient l’objet d’épandage de fertilisation dans la palmeraie. La datte commune récoltée selon un rituel, constituait l’aliment énergétique de base de la cellule familiale. La poche pleine de dattes sèches, les enfants partaient tôt le matin, à l’école coranique, pour rejoindre ensuite l’école publique.

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La Ramlaya, recevait le ciné-bus. Le mur du garage des autocars « Satac » où la communauté avait El-Guerri ben Amar comme relais, servait d’écran de projection. Cette place a été le théâtre de plusieurs actions de fidaine. En représailles à l’une de ces actions, l’armée coloniale y assassinait nuitamment en 1957, cinq (5) détenus, sur lesquels, elle faisait passer un half-track. Cette place portera le nom de « la Victoire » et bien plus tard celui de l’Emir Abdelkader. Le chahid Hamida Abdelkader militant de l’UDMA et compagnon de Abbas, y tenait un commerce de gramophone et de disques d’ardoise. Mélomane, probablement par nécessité pour dissimuler son activisme, il adulait Med Abdelouahab qu’il rencontrait d’ailleurs au Caire, lors d’un retour de pèlerinage à la Mecque. Cette même place servira au tournage de « Septembre noir », « Silène » et « Décembre » en post Indépendance. Le syndicat d’initiative de tourisme, abrité dans un minuscule réduit surmonté d’une Koubba, était tenu par Dib El-Khadir. A barbe blanche, enturbanné à l’ancienne, pantalon ample et gilet à col d’officier, il était l’archétype sémitique de l’Arabe. On dit que son buste serait exposé au musée de l’Homme à New-York. Ce personnage pittoresque, fut pendant longtemps le « clou » de la cité. Il assumait les fonctions de crieur public. Il faisait précéder ses « Avis » par un roulement de tambour. Il annonçait aussi le programme de l’unique salle de cinéma, appelée « Odéon », tenue par Hadj Ahmed Bensiradj. Ce tableau à la limite de la couleur locale, n’appelle aucun commentaire, sinon de dire : c’est dans l’adversité que germent les grands desseins.

Note de renvoi*
« Le Mouvement révolutionnaire en Algérie » p 54
. Ali Mahsas[b]

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