BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Un clan oasien

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1 Un clan oasien le 09/10/07, 11:28 pm

DHIAB Ben Ghanem


Langue pendue
Un clan oasien
….. ou comment vivait-on en autarcie, sous la colonisation.

Les premières fractions de population issues du saccage de la médina, en novembre 1849 par l’armée d’Afrique, étaient au nombre de cinq (5). Le clan des Ouled Hamida en fait partie. En bonne place, dans le tissu urbain de ce qui était encore, une bourgade du nom de Bou-Saâda, cette fraction a constitué la ligne de démarcation de la médina, avec le quartier dit « européen ». Une première caserne de cavalerie était installée sur les lieux, là où sont érigées actuellement, la Banque de Développement Local et la nouvelle mosquée en construction. La poste coloniale et le terminus des attelages ralliant Alger, s’incrustaient dans ce qu’on appelle encore la Ramlaya. Large place publique, elle recevait par le passé, les caravanes camelines. C’était la place des négociants et des cafés maures. Point de chaises ni de tables, des nattes d’alfa à même le sol, en faisaient office. On y trouvait des tailleurs, des barbiers et autres savetiers. La première boulangerie à foyer de bois, ouvrait ses portes à l’orée des années cinquante. Quelques boutiques et manufactures d’articles artisanaux, y étaient implantées. Sur les éventails en fibre de palmes confectionnés à la main, le chameau et le palmier brodés, devenaient les symboles de la cité. L’animal et la plante rappelaient au voyageur, qu’il était dans une oasis présaharienne.
Le quartier est longé par une ruelle qui part du « café d’Alger » jusqu’à Harat Echorfa. Cette ruelle ne compte pas moins de trois hammams, « Lahouel », « Sidi-Ziane » et du « Palmier » et quelques fondouks. (Gîtes et écuries). Le moulin à grain des Kerfali, était à la jonction avec la fraction Zoqom.
L’ascétisme religieux de cette communauté fut réduit, avec l’intention délibérée d’humilier les valeurs ancestrales qui ont prévalu, lors de la résistance à l’occupant. Il créait le premier lieu licencieux pour la soldatesque, appelé Haouch Lihoudi. Nullement innocente, cette implantation se faisait entre les deux sanctuaires maraboutiques, de Sidi-Hamida et de Sidi M’hamed ben Brahim. Le quartier fut contraint de murer sa porte latérale nord, jusqu’au recouvrement de l’Indépendance.

L’architecture des logis ne dépassait guère l’étage, qu’on appelait « ghorfa ». Le mortier de terre cuite ou de sable et de chaux et la pierre, étaient les seuls intrants dans l’édification. du bâti. Les « agued » ou poutres de bois tirées du genévrier, suppléaient au soutènement ou au coffrage des plafonds. Constituée de deux ou trois chambres, la maison disposait d’une grande cuisine appelée « dar el yal ». Celle-ci, était nécessairement équipée d’un âtre. Son foyer permettait et la cuisson et le chauffage, pour se prémunir des rigueurs de l’hiver. Dans un corridor souvent aveugle, la pièce des convives se trouve toujours à l’entrée. La cour obligatoire, si petite soit elle, servait d’espace strictement familial. La terrasse discrète, ceinte d’un mur à hauteur d’homme, servait de dortoir lors des torrides nuits d’été. Le quartier était ceint d’un chemin de ronde périphérique, contrôlé par deux portes principales, dont l’une était fermée la nuit tombée. Celle qui débouche sur la palmeraie fut murée, lors de la guerre de libération nationale. L’accès principal était gardé par un tour de garde. Le vigile disposait d’une grande caisse en bois, pour se protéger des gelées hivernales.
De forme quadrilatérale, de dimensions presque égales, la « hara » n’avait pas moins de six venelles en cul de sac. Chaque impasse abritait une à deux familles, généalogiquement proches. Le quartier est centré par une petite placette, « Rahba » où trônait une fontaine publique. Les foyers disposaient cependant, de l’eau courante. Cet espace avait ses multiples usages, réunions communautaires entre autres. M’Had Tayeb Khatibi et ses Khouane y animaient les soirées religieuses. Elle servait aussi au tirage du tissage avant sa fixation sur le métier et de point giratoire pour les attelages hippomobiles ou les véhicules modernes. Il demeure surprenant, qu’aucun des habitants, n’a grignoté sur les espaces communs. Cet us a perduré en dépit de règles urbanistiques non écrites.

Cette petite communauté eut un illustre fils. Il s’agit de Chouikh Salah surnommé « Ghandi ». Il avait eu comme maître, un érudit venu de sa lointaine île de Brunei. Il lui apprenait les préceptes de la Chari’â islamique et la plasmodie du Coran. Il a été parmi les fondateurs de l’Etoile Nord Africaine et plus tard du P.P.A.*. Son cercueil rapatrié en 1964, portait une simple inscription : « Rahbat- Ouled- Hamida ». Le clan inhumait son enfant prodige. Son ami parisien Gaston, qui l’avait accompagné jusqu’à sa mort, se chargeait du transfert du corps.
Les anciennes familles au nombre d’une quinzaine ont, presque toutes, quitté les lieux. Les Benaissa plus nombreux, sont la descendance de M’Had ben Aissa ; patriarche résistant surnommé à tort « Lemtaourène » pour avoir abdiqué après la défaite d’El-Mokrani qui avaient de puissants alliers dans le Hodna. Il n’avait pas moins de 25 filles et garçons. Il prenait femme dans plusieurs tribus, pour consacrer des alliances. Deux de ses garçons s’exilaient, l’un en Turquie et l’autre au Nejd d’ Arabie Saoudite. A la mort de leurs maris, deux de ses filles, Fatna et Saâdia, transhumaient avec leur « smala ». Fatna l’aînée, surnommée « Hanna » portait botte, ceinturon et fusil en bandoulière m’a-t-on raconté. Les Lograda, précédemment Khalifa, est cette autre grande famille, qui eut deux érudits en théologie, Hadj Si Mohamed Zerrouk et Si Mohamed Belaidi. Condisciples de Cheikh Nouaim Naimi de l’Association des Ouléma, ils luttaient contre l’obscurantisme et l’illettrisme. Son ancien d’Indochine, le héros de la lutte armée nationale, Lograda Belgacem le « lion de Gouaygaâ », mourait dans les monts des Ouled Nails.

Les Brahimi étaient scindés par l’état civil colonial en plusieurs branches, dont les Zahi, Thamri probablement Henni et Boudia. Ce clan eut lui aussi ses hommes. Lamri Brahimi fut de ceux qui firent l’Alsace en 39/45. Il hantait pendant longtemps les immensités désertiques de Messâad, pour ravitailler avec son camion « Citroen type 45 », l’armée de libération. Il mourait sans reconnaissance de sa qualité de moussebel. Les Zahi petite famille de 3 frères consentait, deux chouhada, El hadj Benaissa dit « chergui » était assassiné à Aflou en 1957 et Ahmed agé de 23 ans mourait en octobre 1961. Ce dernier faisait éclater une grenade défensive, au milieu d’une escouade qui l’encerclait. Les Terfaya issus de Benyahia le patriarche, est cette famille d’intellectuels. Abdelhamid l’ainé eut une nombreuse descendance dont Ahmed Lamine, lauréat d’une grande école de Paris, qui devenait député et vice président de l’Assemblée Populaire Nationale. Les Djoua dont Ahmed l’aïeul aurait été assassiné à Fez lors de la guerre du Rif, avait eu pour fils Slimane, militant du mouvement national. Ce dernier était détenu plus tard dans les geôles colonialistes, pendant plusieurs années. Les Meftah, gardent toujours le « M’chebek » terre ingrate et inhospitalière, fidèle à Lakhdar ben Tahar leur père, l’homme à la calèche. Leur poète bilingue Bachir, est le chantre local incontesté du clan. Les Goutai, dont l’aîné Amor militait pour la construction de la Médersa libre, offrait son aîné, à l’armée des frontières au Maroc. Les Hattab dont l’aieul Lakhdar construisait sa propre mosquée, au coeur même du quartier européen enrôlaient Salem leur fils, dans les rangs de l’ALN. Il était reconnu comme le T’bib de H’mar Khadou près de Ain Zâatout dans les Aurès. Les Bensâadoun ont donné à la ville son troubadour Djeilah et Nadhir son restaurateur. Said Bakraoui, dit Said Belaichi, regagnait le maquis à l’âge de 16 ans. Les Tahari, les Chenaf et autres Benrâad, eurent des pédagogues de renom. Si Djelloul et Si Abdelkader, illustres médersiens, faisaient partie de cette communauté. Les Lamara ont eu Ahmed, surnommé « rafale », en rapport avec sa qualité de résistant. Malki Amar ben Aissa, était ce chahid miraculé, qui se jetait d’une jeep de parachutistes français. Les Smaoui, famille commerçante d’El-Atteuf ( M’zab) a eu plusieurs générations dans la quartier. Messaoud Ben Ziane et Ahmed Ben Ameur artisans maçons, réussissaient à élever le minaret sur près de 18 mètres, sans raidisseurs. Défi technologique, s’il en fut, pour les années quarante.
A suivre....

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