BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Tours de passe-passe dans une impasse

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Tours de passe-passe dans une impasse

par Amara Khaldi*
(Le Quotidien d'Oran)

Il y a de cela quelques années, le président de la République s'était rendu en visite d'inspection aux Douanes nationales. Les responsables de cette structure, tirés à 4 épingles, ne cachaient pas leur fierté de faire, à leur illustre hôte, le tour du propriétaire. Les profuses explications sur les derniers aménagements des conditions de travail prépareront l'introduction du top des récentes acquisitions pour la lutte cybernétique contre la fraude.

La scannographie entrait par la grande porte de ce temple, censé veiller à l'intégrité de l'économie nationale.

Arrivé devant le clou de l'exposition, le président souriant, caressa du regard le fameux scanner. Il écouta d'un air amusé, l'intervention du maître de cérémonie, qui, avec beaucoup de talent, lui présentait l'objet de tous les égards. Il affirmait que le robot constituera l'infaillible rempart, pour la protection de notre économie, de toute velléitaire escroquerie. L'illustre visiteur fit alors cette réflexion lourde de sens, à laquelle personne n'a encore répondu : « Mais qui peut garantir que l'opérateur de cette machine ne se voilera pas la face, devant l'écran à la vue de ces OENI (objets entrants non identifiés) ? On sentit que quelques-uns avaient reçu de plein fouet, l'onde de choc telle une douche froide, qui leur rappela sans aucun doute, la vanité d'une telle dépense. Si d'un autre côté on ne fait rien pour juguler la mauvaise volonté, le manque de motivation, de professionnalisme ou carrément les maléfices de la corruption, de l'autre on tente d'y répondre par de nouveaux questionnements.

Lorsqu'on voit que, malgré la débauche de moyens humains, juridiques et matériels mis à disposition, les montagnes de produits pyrotechniques, pourtant formellement interdits par la loi, envahissent le marché jusqu'aux coins les plus reculés du territoire national. Que dire encore de cette cigarette étrangère, qui n'a jamais quitté l'étal du petit revendeur ? La politique de l'autruche continue à éluder le constat plusieurs fois fait. La paresse intellectuelle nous poussera comme toujours à mettre cela, sur le compte des sempiternels «manque de moyens» si ce n'est pas le manque d'expérience. C'est tellement confortable et cela n'engage en rien !

Malheureusement, il faut se rendre à l'évidence et reconnaître qu'il ne s'agit plus de la prouesse isolée du traditionnel contrebandier, qui réussit à tromper la vigilance des services chargés de surveiller la frontière et faire traverser, après mille subterfuges, le chargement d'un chameau. Il s'agit maintenant de longues processions de plusieurs « station » alimentant une activité florissante avec pignon sur rue, à la dimension du pays. Il n'y a jamais eu de pénurie de pétards, encore moins de cigarettes et on ne peut s'empêcher de relever avec une certaine admiration la régularité dans l'approvisionnement du marché en produits diversifiés, pour tous les goûts. La profusion des produits, qui stabilise les prix lorsqu'elle ne les tire pas franchement vers le bas, n'est pas comme un épiphénomène. Il existe bel et bien une filière bien établie, au grand bonheur du consommateur. Ce dernier, rebuté depuis longtemps déjà par l'arnaque de statistiques mystificatrices et les promesses non tenues de l'imminente maîtrise des leviers de gestion, ne croit plus qu'en ce qui peut déposer dans le panier de ses enfants concrètement et immédiatement. La formule toute commerciale, qualité/prix, n'est plus à exiger, ni même à évoquer. Au risque de paraître faire le panégyrique du commerce informel, cet objectif semble de plus en plus inaccessible à notre mental nourri au légalisme.

Quelle est donc la nature de cette puissance logistique, capable de se moquer de tous les obstacles. Elle, qui envahit tous les espaces, aussi bien macrologiques qu'interstitiels, pour inonder et réguler en même temps le marché ! Mais surtout d'en maîtriser et le temps et l'espace ! Quelles seraient ses limites ? En a-t-elle d'abord ? Et si on s'y inspirait pour régler le problème de la pomme de terre et tous les avatars endémiques de notre économie et faire pour une fois un bras d'honneur à ce mildiou, qui oublie nos voisins. Ce champignon ravageur dit-on, qui s'est invité cavalièrement parmi les autres calamités, pour lesquelles l'Algérie est devenue une destination très prisée quand ce n'est pas tout simplement une villégiature de choix ! Le boufaroua qui aurait détruit des palmeraies entières à l'ouest de nos frontières, a fait interdire à l'est de nos frontières, l'introduction d'objet provenant de chez nous ! Le drastique poussait la précaution, jusqu'au chapeau fait de lanières de palme. C'est à ce seul prix, qu'on peut prétendre à la protection de l'économie nationale !

Un phénomène pareil ne peut être le fruit du hasard et n'est lié apparemment à aucune conjoncture et se joue surtout de toutes les contingences matérielles. Ce système dont l'un des secrets de sa réussite est d'avoir banni la bureaucratie de sa feuille de route, compte exclusivement sur le génie de l'homme dont il a analysé et compris les ressorts et non sur la performance aléatoire de quelque quincaillerie, aussi sophistiquée soit-elle. Elle restera toujours un objet inanimé qui ne pourra jamais se substituer au génie de son concepteur ou de son utilisateur !

Moralité, le succès de ce que nous entreprenons dépend beaucoup plus du degré d'implication de l'individu que des moyens matériels, que l'on mobilise dans la réalisation. D'où l'obligation d'une sélection rigoureuse des compétences et une constante actualisation des connaissances; mais surtout avoir la volonté politique de mettre un terme à cette anarchie et à ces aberrations dans le recrutement, dont les incidences sur l'efficience des profils professionnels ne sont plus à démontrer.

Les exemples foisonnent et dans tous les domaines. Il suffit d'observer le genre de relation entre le travailleur et sa fonction, pour constater que dans la plupart des cas il existe et pour différentes raisons, une certaine antinomie entre les deux. Le travailleur, au lieu d'éprouver une fierté d'appartenir à telle institution pour accomplir telle mission, semble subir son travail comme une ennuyeuse corvée dont il faut se débarrasser au plus vite et ne se sent nullement concerné par les résultats de son action. Il ne réagit que sous l'effet de campagnes temporelles ou du harcèlement de sa hiérarchie, rarement par spontanéité ou conscience professionnelle et essaie souvent de renier en quelque sorte ce que sa fonction «oblige» de faire et ainsi de responsabilité comme si un affreux tyran l'en avait contraint contre sa propre volonté.

N'a-t-on pas vu le contrôleur de la qualité passer devant des étals de fruits et légumes pourris que même les porcs répugneraient et faire semblant de ne rien remarquer, des policiers faire le slalom sans lever le petit doigt parmi toutes les formes d'étalages sur des trottoirs complètement squattés alors que les piétons envahissaient la chaussée au grand dam des automobilistes aux prises avec des motards qui n'observent aucun règlement du code de la route, des agents de telle administration vaquer tranquillement à leurs propres affaires et confier l'exécution de leur tâche aux jeunes recrutés dans le cadre du filet social, d'autres ignorer superbement la populace et discuter âprement les dernières sorties de telle équipe de football pendant que la chaîne piaffe d'impatience, le responsable de l'hygiène du quartier recevoir sur la tête le contenu d'un seau de lessive quand ce n'est pas un sac de détritus, vociférer quelques injures à l'endroit de la houkouma et se débarrasser des épluchures d'oignons en reprochant au... service d'hygiène de ne pas faire son travail ! Au lieu de réagir instinctivement et mettre en application ce que lui dicte son devoir dans le cadre strict de ses prérogatives il choisit la fuite en avant, la compromission pour passer pour un «type bien» aux yeux des contrevenants quand ce n'est pas pour des raisons douteuses. Le laxisme s'épanouit, le manque de crédit dans les institutions en devient le corollaire. Cette mentalité du « khatini » est devenue, au fil du temps, la règle générale. Devant l'impunité tout le monde s'en lave les mains et vogue la galère !

Nous avons là un beau cas d'école de phénomène culturel, que notre élite intellectuelle pourra encore explorer et essayer d'en tirer les enseignements qui rendraient l'espoir à ce jeune pour l'arracher, avant qu'il ne soit trop tard, aux sirènes des «harraga» ou des gardiens du temple qui lui boudineraient le corps avec une ceinture d'explosifs, avant de l'envoyer dans les bras des houris du paradis.

Il arrive même de rencontrer des situations rocambolesques, où celui qui fait correctement son boulot se trouve mal vu par le reste du troupeau, quand il n'est pas outrageusement diabolisé et tacitement excommunié. Gare à celui qui s'aventurerait, par l'exécution normale de sa mission, à déranger la médiocrité ce qui peut faire vaciller certaines conventions et risquer de perturber la paisible gestation de la rente, sous toutes ses formes apparentes ou souterraines.

La sanction, qu'elle soit positive ou négative, n'existe qu'exceptionnellement et réprime le plus souvent celui qui oserait réagir normalement dans le cadre de ses attributions. Il est indexé sur le champ de suppôt de la Dawla, comme s'il s'agissait d'intelligence avec un ennemi étranger, enfin de zélé dont il faut refreiner les ardeurs studieuses. Même si cette pathologie semble de moins en moins contagieuse, il faut la surveiller de près. Un travailleur sérieux peut dans notre société, constituer un mauvais exemple donc un danger potentiel qu'il faut mettre en quarantaine et lui trouver en urgence une voie de garage sinon la retraite, avant qu'il n'ait le temps d'inoculer son maléfique fiel dans le corps social.

Combien de valeureux cadres que de nombreux pays nous auraient enviés, se sont retrouvés du jour au lendemain éjectés et remplacés sur le champ par des quidams que rien ne prédispose à part le phénomène de la cooptation ?

Pourquoi alors s'étonner quand on entend parler de détournement de milliards par milliers, de la pénurie de la pomme de terre ou du sérieux de l'étude de marché, qui a sans doute vivement recommandé l'importation des cabines de téléphone fixe «oria» qui meublent nos rues au temps où même les bambins utilisent le plus naturellement du monde le portable ?

Prétendre constamment que nos tares viennent exclusivement du manque de moyens relève de l'inconscience; le dernier d'entre nous peut nous poser la colle suivante : «Nos voisins de l'Est et de l'Ouest qui, eux n'ont pas nos problèmes, ont-ils nos moyens ? Quel est leur secret ? Ils volent de succès en succès, essayons au moins de les imiter ! Il faudrait peut-être d'abord s'armer d'une certaine dose d'humilité et aller les voir travailler pour comparer.

Enterrer une fois pour toutes nos propensions congénitales à se prendre pour le nombril du monde et chercher à se convaincre, qu'il suffirait simplement de se doter des meilleurs équipements, alors que l'origine du problème est tout simplement un manque d'imagination et une pénurie d'huile de coude. Notre cas est similaire à ces maladies dites systémiques. Le diagnostic est aisé mais le remède est souvent aléatoire. C'est peut-être l'idée qui a traversé l'esprit du Président, devant le scanner avant de dire»... Mais qui peut garantir...».


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*Cadre supérieur, chef d'entreprise à la retraite - Bou Saâda

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