BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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BOU-SAADA » Ce qu'ils en disent » ...Nous sommes toujours en Afrique !

...Nous sommes toujours en Afrique !

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1 ...Nous sommes toujours en Afrique ! le 16/09/07, 11:40 pm

kachina


mordu
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Que croyez-vous madame ?... Nous sommes toujours en Afrique !
par Farouk Zahi
Le Quotidien d'Oran



Cette décapante vérité sortait de la bouche d'un parfumeur de Bou-Ismaïl qui répondait à une cliente, faisant des commentaires sur la cohue de la station de bus. Vous sachant gré de cette mise au parfum, il faut vous reconnaître la tête de l'emploi, monsieur le parfumeur. C'est le moins que l'on puisse dire de vous! Par votre simple répartie, vous avez réveillé en moi, de vieux démons.

Ceci me renvoie aux débuts des années 80, quand un ministre de la République disait presque la même chose avec, cependant, l'effluve en moins. Il disait ceci: «l'Algérien est ce gallinacé mâle qui, la crête dressée, scrute l'horizon maritime ne se rendant pas compte que ces pattes baignent dans la fange!»

Nous avons plus de profondeurs en Afrique qu'ailleurs, notre pays est l'un des quatre ou cinq pays les plus peuplés d'Africains. Sentons-nous Maghrébins, Sud-Méditerranéens en plus... Mais surtout pas autre chose. Nous sommes toujours aptes à manger avec la main et dans le même plat, nous asseoir en tailleur, sommeiller dehors sans couche, le bras plié sous l'oreille, ou nous moucher avec les doigts. La cohue... Nous en sommes les inventeurs. Observez un peu les gens avant l'ouverture d'un guichet... à première vue, ils ne sont pas nombreux. Soudain c'est l'agglutination, les coudées pourfendeuses suivies d'invectives; les échanges de «bougnia» clôtureront les débats.

La cohue d'anthologie est observable le vendredi à la mosquée. Les croyants n'affluent pas d'un seul coup... Ils mettent toujours un certain temps. (Comme dirait un défunt humoriste). Certains et pas tous heureusement, pénètrent le sanctuaire avec un air feint de recueillement, les lèvres remuantes. Au prononcé de «Assalam oualeikoum», toutes les issues sont oblitérées. En hiver c'est carrément l'embouteillage. Pourquoi? Les premiers sortants, poussés par la masse qui se bouscule, n'arrivent pas à rabattre les battants qui n'ouvrent qu'à l'intérieur. Encore une règle de sécurité, dont l'observance demeure négligée par les services en charge, des édifices recevant du public. L'expérience dramatique d'Al-Asnam, lors du séisme d'octobre 1980, n'aurait servi à rien! La mosquée devenait, ce jour-là, une mortelle souricière.

Attendez-vous à basculer sur le dos de quelqu'un qui cherche arc-bouté ses mules ou à recevoir dans l'oeil un bout de chaussure que le propriétaire tente de surélever au-dessus de la mêlée. Ne prenez jamais l'axe de la procession, votre déstabilisation peut se faire sans état d'âme... Une chute dans l'escalier est toujours un risque à ne pas prendre.

La cohue des transports mérite, tout un article à elle seule. Mais astreignons-nous à une de ses causes, indirecte certes, mais participative; la dépréciation du taxi. Objet d'admiration jadis et dont la fonction s'est considérablement dévalorisée, le taximan altier par le port et le langage, n'embarquait que lorsque tous les passagers étaient à bord. Il «tordait» son rétroviseur pour ne pas gêner les regards des gens du fond. Peu loquace, il ne répondait qu'aux questionnements. Personnage familier, il est avec nous, chez les grands parents, le médecin ou à l'hôpital. Matinal, il venait jusqu'au seuil de la maison pour nous emmener en voyage. Sa voiture qui n'avait pas d'âge, était toujours sobre de brillance. Il avait immanquablement un seau et une peau de chamois dans la malle. Il exerçait son métier sous le mandat d'une licence, sa fonction était réglementée comme toutes les fonctions libérales. Qu'en avons-nous fait? Un clandestin! C'est ainsi que taxieur (mon micro m'a souligné le mot, il n'existe pas dans le dico)... je disais donc que taxieur et usagers sont passés dans la clandestinité. Le fourgon presque mortuaire des taxi-bus actuels, a supplanté le bus Pullman, dont nous fendions avec nos canifs et un sadique plaisir les cuirs. Chah fina!

Soumettons à l'observation un à un, quelques particularismes nationaux. Nous les anciens avions pris l'habitude d'acheter notre pain chez le boulanger, mais plus maintenant. On se plaisait à admirer les flûtes, baguettes, boulots (gros pains) sur l'étagère métallique argentée. Le bruit sourd de la pâte et l'odeur du pain chaud participaient à notre transport sensoriel. L'achat du pain n'est plus un rituel, celui-ci se vend et s'achète n'importe où. Il est chez l'épicier, mais ne fait pas l'objet de sa première préoccupation, il est livré à toutes les palpations... «il fait le pain pour rendre service... c'est tout!». L'artisan-boulanger a disparu de l'imaginaire populaire. Il est remplacé par une corbeille, posée à même le sol, près d'un avaloir ou d'un «mouchestan» (endroit envahi par les mouches).

A bien observer, ce qui se passe actuellement dans la périphérie des grandes villes, l'archaïsme avance à pas de géant. Ses premières victimes en sont, le boucher et le volailler. C'est ainsi que les carcasses de moutons et de dindes, abattus sur les lieux mêmes, deviennent des images envahissantes de notre quotidien. La boucherie de campagne est visible sur la route Mostaganem-Chlef et ailleurs. De vieilles choses hétéroclites font office d'abri. Maâgta Kheira (Tipaza) est ce haut lieu du duvet de dinde, l'environnement en est blanc neigeux. Le maquignon est devenu sacrificateur et boucher à la fois. Quant à la grillade d'épis de maïs, c'est carrément l'enfance qui s'en charge. Qui a dit que le travail des enfants est proscrit dans notre pays?

L'installation du fonds de commerce est d'une époustouflante simplicité. Un vieux baril de 200 litres, un foyer dans la tôle et un gros tronc de zeboudj (son feu est très incandescent). A cette allure, les vieux oliviers ne seront plus qu'un vague souvenir. Une seule nuisance et pas des moindres pourtant, les voitures qui stationnent au bord de la route et l'opaque fumée suffocante. Ce brouillard de fumée, je ne l'ai précédemment observé qu'à Bamako. Oui madame, nous sommes encore en Afrique... Quoiqu'au Mali, le gaz combustible ne court pas les rues. Douaouda-Marine, si limpide jadis, geint sous les enfumages des barbecues sur la chaussée et des grils de maïs au bord de la route. Tournons encore le couteau dans la plaie et allons du côté du port de Bou-Haroun. Avant l'asphaltage de la chaussée longeant le quai, il n'y a pas si longtemps, les caissettes de poissons étaient exposées à même la gadoue. Les poissonniers constitués en réseaux, vous fourguent du poisson frais certes, mais du surgelé aussi. Les produits de la mer, dont la fragilité n'est plus à démontrer, sont longuement exposés au soleil. Dans beaucoup d'endroits la sardine est vendue au-delà, des horaires autrefois réglementés. Pour lui faire garder son lustre, le produit halieutique est arrosé d'eau de mer, puisée dans le port même. La toile de jute mouillée couvrant le présentoir de fortune, est agrémentée d'oignon, tomate et piment pour éveiller les sens du gourmet, par la mystification suggestive. Dans un strict souci de pertinence dans le propos et au premier jour du Ramadhan, ne faut-il pas se rafraîchir la mémoire sur les us, pour le moins étranges, qui envahissent notre espace sociétal? Certainement oui et plus que jamais. L'été que nous venons de vivre a été émaillé d'épisodes douloureux et parfois mortels, induits par les toxi-infections alimentaires. Rappelons-nous ce jeune de la périphérie d'Alger, arraché à la vie et à la fleur de l'âge, par une pizza tueuse d'homme ou de ce damné de Bordj Bou-Arréridj, mort pour avoir mangé la viande avariée d'une cérémonie festive. La plastocratie du sachet nous a réduit à des porteurs de gourdes, du sachet de l'ben à celui du jus de citron (citrate), au dégoulinant de miel (sucre inverti) de la zlabia. Il est communément admis à ce sujet, que la guêpe fait désormais partie, des ingrédients de la zlabia. La pseudo-boufarikoise, n'est plus livrée dans ses traditionnels plats de cuivre ou d'aluminium, mais dans des clayettes destinées généralement aux produits de la terre. Le comble de l'incurie est atteint par ces cuisines de campagne, érigées sur les trottoirs par les frituriers ou friteurs, de bricks. Là aussi, la mystification est le maître mot. Beaucoup de h'chaouch finement coupés, des épices et des feuilles de pâte (dioul), des oeufs pas très souvent lavés, provenant directement de la plaque alvéolaire et le tour est joué. Il faut reconnaître à ces gens, leur art consommé de subjuguer l'assistance par cet automatisme gestuel, qui fait d'ailleurs partie de la mise en scène. Fermes et chauds à la livraison, ils se ramolliront et laisseront sourdre un liquide jaunâtre, à la consommation. Se peut-il que notre propre santé ne fasse l'objet d'aucune précaution? Nous oublions souvent que la bouche est la voie royale d'entrée de tous les germes microbiens et parasites, vecteurs de maladies parfois mortelles. Maintenant ce qui semble péjoratif dans notre africanité l'est réellement dans notre propension à la suffisance; trait probablement hérité de notre onirisme colonial. Il s'agit de l'ergotage du coq... Encore lui! Les chaussées de nos villes et villages sont envahies par les ronces et les herbes folles. Les arbres d'agrément échevelés, n'ont-ils pas de collectivité locale pour s'en occuper, un tant soi peu? L'Africain lui... aime sa forêt, il y vit et subsiste de ses produits. Nous, nous brûlons nos forêts. Les départs de feu sont généralement dûs à deux principaux facteurs: l'herbage sec des fossés longeant les bois n'étant plus décapé et l'insouciance assassine des automobilistes qui continuent à se débarrasser de leur mégot à travers les vitres baissées du véhicule. Vieille habitude qui consiste aussi à se débarrasser de ses ordures par-dessus le balcon.

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