BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Bou Saâda, Une région qui mérite un meilleur sort

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soprano


Langue pendue
Farouk Zah
El Watan du 14.06.14

A la jonction du Hodna et des monts des Ouled Naïl, la région de Bou Saâda et sa vingtaine de archs contenus dans 23 communes, n’a que peu bénéficié des avantages socioéconomiques des deux groupes géo-sociologiques précités. Contrairement à l’enclave ainsi constituée et débarrassées durablement de la rusticité agropastorale archaïque, ces entités territoriales évoluent, présentement, dans un environnement socioculturel et économique relativement durable. La réorganisation territoriale de 1974 en a décidé ainsi.


Patiente à l’instar de ces étendues steppiques qui l’entourent, la population évaluée à près de 500 000 âmes renâcle, elle ne croit plus à la simple reconnaissance du déni, elle exige des actes concrets subséquents aux promesses faites lors des nombreuses joutes électorales. Cette cité médiévale qui a participé tantôt aux soulèvements populaires du Zab en 1849, notamment celle des Zaâtcha, tantôt à celle des Mokrani en 1871, s’est toujours trouvée dans des situations où les antagonismes tribaux ne lui valurent que brimades et stigmatisations. Son particularisme séculaire a été toujours sa position à cheval entre deux groupes géo-humains vivant en bonne intelligence ou carrément bellicistes.

Erigée en commune mixte, siège des communes de Bou Saâda et de Ben Srour dès 1874, elle ne deviendra chef-lieu d’arrondissement qu’en 1958 et, depuis lors, elle végète dans un statut administratif que la colonisation lui a légué. Réduite par le seul fait colonial, elle résistera stoïquement aux coups de boutoir de l’acculturation et aux nombreuses tentatives de désislamisation de sa population ; elle abritera en ses murs l’émir El Hachemi ben Abdelkader El Hassani El Djazairi et sa famille dont l’émir Khaled. Préférant l’hospitalité des Bisker et des Chérif, vieilles familles autochtones, aux liens de sang de sa famille maternelle, les Berkani de Médéa, l’émir El Hachemi séjournera jusqu’à sa mort survenue en avril 1902.

C’est ici même, dans ce vénérable quartier «Harat Ecchourfa», que l’adolescent Khaled fourbira ses armes pour susciter l’éveil nationaliste dont il sera le père fondateur. C’est dans cette cité que se sont illustrés Mohamed Boudiaf (PPA), Aïssa Bisker (ouléma), Aïssa Bayod (PCA), Abdelkader Hamida (UDMA), Mostefa Lacheraf (PPA), Ali Abdelkrim (PPA), Amar Benmabkhout (PPA), Ahmed Bendjeddou Kirèche (condisciple de Mohamed Bencheneb) et bien d’autres encore. Place forte des oulémas, elle n’a pas cessé d’être leur relais dans la transmission du savoir pour la lutte contre l’obscurantisme et l’analphabétisme. Nombreux sont les enfants de la cité qui furent membres fondateurs ou membres de la prestigieuse association et dont les noms peuvent être cités : Abdelkader Kacirni, Mohamed Bisker, Boulanouar Abassi, Ali Najoui, Tahar Tahri, Aïssa Alia et Bachir Bensalah.

Quant aux savants du rite malékite, trop nombreux pour être tous cités, il y a lieu de rappeler les illustres Abderrahmane Dissi qui avait des disciples bien au-delà des frontières, Belkacem Hafnaoui dont Mohamed El Korso lui attribue la paternité du mouvement réformiste dès 1927 et qui a été l’un des premiers journalistes modernes avant d’être le Muphti d’Alger. La guerre de Libération nationale n’exempta pas cette population sobre et digne des affres de la lutte sanglante pour le recouvrement de la liberté. Si Mohamed Khalifa et Si Amor Sakhri, tous deux anciens officiers de l’ALN, affirment sans le moins préjugé dithyrambique, que sans l’aide de cette généreuse population, la Wilaya VI n’aurait pas résisté aux assauts des troupes suréquipées des sinistres Katz, Ducasse, Trinquier et Pouget.

La cité qui a subi deux chocs démographiques, celui du milieu des années 50 suite à l’exode engendré par la guerre de Libération et celui des années 90 engendré par l’insécurité des campagnes, a vu naître des appendices presque marginaux qui, faute de logements décents et d’emplois pérennes, se sont transformés en ghettos urbains. Grosse agglomération prétendument urbaine sans attributs idoines, elle se rapproche beaucoup plus du gros bourg que de la cité urbaine dans sa connotation moderne. Pour ceux qui n’y vivent pas, c’est déjà l’aventure quand on y passe un week-end. De grâce, écoutez ces appels, ils sont à la longue désespérants quand ils ne trouvent pas d’écho. 

Farouk Zahi

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