BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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BOU-SAADA » Dar Eddhiaf » Les 130 qui gouvernent vraiment ce pays .

Les 130 qui gouvernent vraiment ce pays .

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Invité
D'où vient le laid, le pas beau, l'affreux, le terriblement moche, l'incroyablement grimaçant en Algérie ? D'où vient que les ronds-points sont laids autant que les mosquées, les billets de banques, les milliers de Djellabas en vogue, les architectures, les feuilletons du ramadan et les ponts et les campagnes électorales ? D'où vient ce kitch national souverain après la mort d'Issiakhem et de son unique bras céleste ? Le chroniqueur vient de le découvrir : cela vient d'un livre national que tout le monde voit et achète, que personne ne lit. Un livre où tout est dit, en principe. Une sorte d'ouvrage terrestre majeur, où on apprend l'essentiel de ce que sait l'humanité et comment en savoir plus si on le veut. On a tous les yeux fixés, quand on est dans le surpolitique national, sur deux livres : le Coran et la Constitution. On a longtemps tué au nom du premier et on a longtemps violé au nom du second, pourtant c'est d'un 3ème livre qu'il s'agit. On l'annonce : le manuel scolaire algérien. Celui de votre fille ou de votre fils encore à l'âge de l'enfance. L'avez-vous feuilleté ? Rarement. Surtout si vous êtes un intellectuel, un militant ou assis, ou un homme éveillé. Là, vous préférez lire le Coran, le dernier ouvrage de Saïd Sadi ou attendre les mémoires de Bentobal et de Chadli en ne lisant que le journal. Pourtant c'est ce livre, le manuel scolaire qui est à la base de l'alphabétisation d'une nation ou son reculement vers le signe de la main en guise d'évolution du signe.

Qui écrit ce livre très fondamental ? Des gens algériens. Une commission de 130 personnes si le chroniqueur se souvient bien du nombre des membres de la commission des programmes. Ils viennent même d'être réinstallés et renouvelés, le 18 septembre, par le ministre de l'Education, en douce, dans le dos de la République, sans que personne ne sache qui ils sont, s'ils sont élus ou pas, aptes ou séniles, choisis en fonction du réseau, d'une ville ou d'une capacité à lire l'avenir et à le faire lire, sélectionnés comme on sélectionne les ambassadeurs chez nous, ou comme on sélectionne un sélectionneur national. Avec l'urne ou l'injonction ; la parenté ou l'intuition. Sachant que ces 130 membres vont vous remplacer (avec leur manuel scolaire) pendant les premières années de vie de votre enfant, vont implanter dans les cerveaux les premières idées à la base de la conquête spatiale ou de l'attentat, décider de la capacité de calcul ou de fausse déclaration fiscale, confectionner un esprit ou un applaudissement. Sachant que ces 130 Algériens sont plus importants que les élus de la Chambre basse, les sénateurs, la totalité du gouvernement et les noms de toutes les commissions nationales (de réforme, de désignation d'assassins de Boudiaf, de justice, de la santé, etc.). Ces gens qui sont les vrais parents du futur alors que vous n'êtes que les parents de vos enfants et qui sont désignés par Benbouzid en toute souveraineté pendant que nous, on demande à Bouteflika d'être démocrate, alors que les grands choix sont faits là, sous notre nez.

Retour à la question : D'où vient le laid, le pas beau, l'affreux, le terriblement moche, l'incroyablement grimaçant en Algérie ? De certains, de presque tous les manuels scolaires algériens. On y lit certes de bonnes choses, on y est loin des « tortures de la tombe » et des « règles de divorce » enseignées à des gamins pendant des décennies, mais ce qu'on y voit est encore affreux. La génération qui a précédé l'arrivée de Benbouzid se souvient encore des belles illustrations des manuels scolaires de cette époque, des photos et des dessins qui font rêver pendant que l'enseignant parle, des images, les premières de toute une vie, qui rendaient vivant le manuel, beau, qui nous apprenaient à s'envoler et, plus tard, beaucoup plus tard, à mieux s'habiller, à faire de beaux ronds-points et à ne pas être laids. Elles ont donc disparu. Les illustrations actuelles dans les manuels scolaires algériens sont terriblement laides. Dessinées avec les pieds, offrant des grimaces à la place des sourires. Les enfants y ont l'apparence de malades du faciès, difformes, monstrueux, figés dans le corporel du socialisme polonais, cadavériques et peu vraisemblables. En feuilletant le manuel, le chroniqueur comprit, d'un coup, d'où venaient ces affreux portraits de martyrs illustres qu'on retrouve parfois aux entrées des villages, des villes ou des centres culturels en Algérie : des visages peu ressemblants, dessinant sûrement le martyr après sa décomposition et pas avant qu'il n'ait été atteint par la balle. C'est de là que viennent ces images, et tout ce qui n'est pas beau dans ce pays. Sûrement. Feuilletez ces manuels du cycle primaire et regardez : les illustrations y sont incroyablement laides et cela est infligé à ce peuple à un moment de son enfance, de son accouchement. Qui a dessiné ces monstres ? Qui est l'auteur de ces cauchemars esthétiques? On veut connaitre son nom, le payer, le mettre à la retraite et distribuer des médicaments ensuite à tous les enfants de ce pays et des crayons de couleurs. Vite et en urgence.

Kamel DAOUD
Le Quotidien d'Oran

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