BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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Hommage

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1 Hommage le 14/08/07, 01:24 pm

DHIAB Ben Ghanem


Langue pendue
Les cierges de novembre se consument en silence …
par farouk Zahi

Les trois s’appelaient Abdelkader. Le premier avait pour nom Zelouf, vieux militant de la cause nationale, il s’éteignait en 2005 en Belgique. Il n’avait revu son pays qu’à l’Indépendance en 1962, pour repartir ensuite et pour toujours. Il entretenait des relations avec le défunt Mohamed Boudiaf, qui lui proposait de rentrer au pays en 1992. Il déclinait l’offre et mourait en exil. Il recommandait à son unique fils, âgé d’une cinquante d’années, de mère belge, de le faire inhumer après sa disparition, dans sa ville natale. Le fils n’accompagnait pas la dépouille, il la confiait à la fratrie du disparu. Il exauçait ainsi le dernier vœu de son père.
Le deuxième, Amrane alias, « Zine Ettala »* mourait en novembre 2006 et le troisième, Delaoui vient de tirer sa révérence en ce début du mois d’août. La journée du Moudjahid de cette année, se passera pour la première fois, de lui !
Il naissait avec le PPA en 1937 et comme tous les algériens des villes traditionalistes, il fréquentait l’école coranique. L’éveil nationaliste, le faisait inscrire à l’école badissienne « El Falah » de hadj Mohamed Zerrouk Lograda. L’illustre Cheikh qui fit un pèlerinage pédestre de près de 3 ans au Machrek, ouvrait à son retour, cette école avant gardiste pour l’époque. Il y enseignait les préceptes de la médersa moderne, aussi bien aux garçons qu’aux filles. Huit de ses élèves mouraient les armes à la main. Dès 1955, Abdelkader Délaoui, intégrait l’organisation politique et administrative (OPA) de Palestro (Lakhdaria). Avec Mohamed Badredine pendu plus tard à Dar Echioukh en 1958 et Amrane, il recrutait pour le maquis naissant du Bouzegza. Il appelait de tous ses vœux, l’ouverture d’un front au Sud. Il assistait au marché hebdomadaire de Bou-Saada, au premier contact entre Ouamrane et Ziane. Ce dernier de taille démesurée, donnait cette caractéristique, comme signe d’identification. Ces hommes de l’ombre ne se connaissaient pas encore.

En décembre 1955, il apprenait que le premier maquis est né à Lougsiat. Le groupe commandé par Achour Ziane comprenait 22 éléments. Il constituait le premier noyau de la future Wilaya VI. Ziane premier chef zonal, le chargeait de la jonction des Houamed pour le ralliement à la nouvelle cause. La première réunion se tenait à Ain Melh, un jour de marché. Cette stratégie de jour de marché, trompait la vigilance de la gendarmerie. A leur retour le soir, ils étaient interceptés par des gendarmes en faction à l’entrée ouest de Bou-Saada. Interrogés sur leur présence à Ain Melh, Abdelkader Délaoui, seul lettré, se faisait passer pour un scribe, qui accompagnait le groupe d’hommes, pour la rédaction d’une transaction. Les gendarmes crurent en ses propos.
Dès 1957 et ne pouvant dissimuler plus longtemps son activisme, il rejoignait le maquis jusqu’au recouvrement de la souveraineté nationale. Membre actif de « Faoudj El Fadila » des Scouts Musulmans, il créait le premier théâtre militant,
Il rejoignait en 1963, l’Ecole normale de Bouzarèa pour une carrière d’enseignant. Créateur littéraire, il écrivait et montait plusieurs pièces de théâtre éducatif. Il était l’auteur de plusieurs chants patriotiques, dont « Min Adjila y a Watani, Qawamtou fi Siri ou A’alani », mis en musique par Mohamed Chemissa en 1983. Après avoir bénéficié de sa mise à la retraite, miné par la maladie, il s’asseyait longuement au seuil de sa porte. Assis à même le sol, à la manière des talebs sur une « haidoura », il ne manquait jamais de proposer un café ou un thé selon le moment aux passants de son voisinage. Il ne ratait aucun vernissage au musée Nasreddine Dinet. Affable et peu prolixe, on le rencontrait de moins en moins, la maladie l’a réduit à la réclusion. La mort a eu raison de lui…qu’il a tant bravée !

Les fils de la Toussaint nous quittent en novembre*
El Watan du 24 /12/2006
Le Quotidien d’Oran du 08/01/2007

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2 Re: Hommage le 14/08/07, 07:32 pm

Benaziez


Rang: Administrateur
bravo ! bravo ! mon cher ami Dhiab yaatik essaha ! tu es notre mémoire et je te félicite pour l'effort que tu fournis pour qu'on n'oublie pas que Bou-Saada a aussi son histoire que certains cherchent à annihiler. Tu es en train de mettre les consciences devant leurs responsabilités car ce travail concerne tout ceux qui sont en mesure de permettre l'émergence de notre patrimoine historique et culturel.

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3 hommage le 14/08/07, 11:11 pm

Jamila


Super Posteur
Super Posteur
Merci Dhiab pour ce papier dont tu viens de nous gratifier et qui nous rafraîchit la mémoire avec les glorieux souvenirs.
Abdelkader Délaoui était un grand homme évidemment je me souviens de lui au lendemain de l’indépendance lorsqu’on venait de former le 1er groupe féminin de scout il était avec mon frère Mustapha c’est là qu’on commençait à apprendre el anachids el watanya.
Allah yarahmou

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4 barak ALLAH fik le 15/08/07, 09:41 am

Salam alikoum!
Nous devons prendre conscience que notre devoir est aussi de réveiller cette mémoire chancelante. L'analphabétisme et le manque de culture l'ont si bien endormie qu'elle ne cherche plus à réagir.......... elle donne raison a ceux qui crient un peu plus fort que les autres , juste pour rester encore un peu dans cette léthargie si possessive........ En espérant que le coq se réveil,et chante... En espérant que l'aube de l'espoir lève son voile opaque sur ce pays........Que enfin , enfin, enfin l'islam reprenne son droit et sa droiture.. Que pour la face de DIEU les choses soit dévoilées.... Et que pour lui seul les espoirs soient retrouver.........je te remercie vraiment dhiab pour ce souffle de sincérité et d'humanité............

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5 A chaque médaille... son revers le 15/08/07, 09:30 pm

kachina


mordu
mordu
A chaque médaille... son revers

par Farouk Zahi
(Le quotidien d'Oran)

L'introspective ci-après, était intitulée à l'origine, « La remise en question », notre M. Arabdiou national, inspiré par la lecture de « Quand il était encore permis de rêver » écrivait à travers son blog : « Chaque médaille a son revers... ». Me sentant interpellé, je commets aujourd'hui le revers, si l'on considère, que la première contribution en était la face. Je trouve personnellement que ce titre, est plus seyant aux propos qui vont suivre.

A la question posée au défunt Président Boumédiène, sur l'éventualité de la remise en cause des dirigeants d'alors, par la nouvelle génération, Ania Francos lui faisait dire, dans son livre « Un homme nommé Boumédiène », cette prophétique déclaration :

« Il n'en sera rien, tant que nous n'aurions pas dépassé l'âge de la quarantaine ! »

Cette sentence qui datait du début des années soixante-dix (70), allait être vérifiée par les événements, qui allaient advenir plus tard. Faut-il rappeler, que les premières turbulences, commençèrent au tout début des années quatre-vingt (80) ? Il y avait eu l'affaire Bouyali, dont les suites sont connues de tous.

Le prosélytisme religieux, seule alternative capable de transcender les règles de l'establishment révolutionnaire, faisait son apparition. Il investissait d'abord, le foyer familial. Cette première citadelle conquise, la mère et les soeurs abdiquèrent vite et se soumirent. Les prédications supplantaient la traditionnelle psalmodie du Coran et fustigeaient, lors des veillées funéraires, les pêcheurs de ce bas monde. Le dogme et la conviction traditionnaliste, s'entrechoqueront jusqu'au désarroi d'une spiritualité, jusque-là appaisée. Les premières cassettes audio de sermons enflammés, qui se passaient sous le manteau, apparaissaient au grand jour. Le khol, le siwak et le misk s'étalaient sur les trottoirs des cités. Sidi Mohamed Ben El-Kebir et Cheikh Hamani, exégètes reconnus du Maghreb malékite, étaient surclassés par des prédicateurs d'un genre nouveau.

Le jeune tel le veau, donnera de temps en temps des coups de boutoir, s'essayant à jauger l'autorité parentale. Ne gagnant aucune parcelle de terrain, il envahira l'espace intellectuel et là, il va sévir, sachant qu'il n'a pas de vis-à-vis dans l'ascendance ou les collatéraux. Au cas où, il y a parité, il reprochera à son père ou à son ainé, leur appartenance idéologique décriée par la vox-populi. Dans le cas où, les parents ou l'un des deux est doté de solides bases intellectuelles, il leur sera reproché leur éloignement de la masse populaire, s'inscrivant dans l'ostracisme sélectif. Et c'est là où, se rejoignent caricaturalement des concepts idéologiquement antinomiques. Il reprochera au père ses « mauvaises » fréquentations, sa tenue vestimentaire ou même la teinture de ses cheveux. Il veut lui faire porter son âge réel. Une manière de lui dire : « pousse-toi-que-je m'y mette ! ».

Il commencera par le disqualifier en l'appelant « El Oualid». Les reproches formulés ne sont que des parades à la bonne conscience. Il piaffe d'impatience, la succession tarde à venir.

La maisonnée conquise, on s'attaque au voisinage et à l'environnement immédiat, la mosquée, l'école et par extension tout le village. On manifeste ostentatoirement sa différence. Le kamis qui supplantait la séculaire gandoura, perd une dizaine de centimètres en hauteur, l'ample pantalon aussi. Mais les Nike et les bas blancs d'usage, feront désormais partie des attributs de la Sunna ! L'atavique spiritualité deviendra Bid'âa, les expressions festives seront frappées d'apostat et l'exubérance juvénile contrainte à la morgue.

La déférence n'est plus due à la personne âgée, mais au jeune prédicateur, qui s'arroge un droit d'aînesse et se voit consacré guide communautaire. On crée la chaîne de solidarité, en allant écouter le prêche hebdomadaire ou la halaka du village voisin.

L'éveil spirituel ne semble pas avoir changé beaucoup de choses. On envisage alors la manière forte par voies de faits. Le passage à tabac de la petite soeur devient un devoir ! Le reste de l'entourage impressionné, s'alignera. En fait, on ne peut moralement, rien reprocher à ce jeune, sinon son attachement à la religion. C'est à la petite soeur qu'il sera reproché sa désinvolture et son irrespect pour son frère, qui ne lui voulait que « du bien ». Ce jeune a acquis la notoriété dans le quartier, mais pas dans la ville. Les institutions immuables ne lui laissent aucune chance de percer. Il n'est pas fils de chahid, encore moins de moudjahid, il n'a pas fait Octobre 88. On le lui fit faire, il a raté sa « Révolution ». Il n'est même pas reconnu comme ancien octobriste. Sa révolte a servi à beaucoup de formations politiques à émerger pour se hisser sur le podium. Le tryptique, Hitiste - Hogra - Bab-el-Oued - Chouhada, emprunté au lexique de jeunes désemparés, sera pour beaucoup d'entristes, la voie royale pour une place au soleil .

L'universitaire déçu, se sentant trahi, choisira la route de l'exil, le Canada, l'Australie ou l'Angleterre. Il rejettera subconsciemment la France, qui a colonisé ses aïeux et son père, non pas par esprit revanchard, mais pour marquer sa différence. Il choisira délibérément son nouveau colonisateur. La spoliation de l'esprit est plus réductrice, que la colonisation temporo spatiale. On ne recouvre plus dans ce cas, son appartenance... On s'assimile. Je prends toutefois la précaution de dire, que cette assertion n'a rien d'axiomatique !

Les durs, de niveau scolaire moyen, choisiront la guerre sainte en Afghanistan ou en Bosnie ; ça servira plus tard, pour libérer le pays du Thaghout ! Les autres, ceux qui ont des suites dans les idées, flairant les bonnes affaires, s'investiront dans l'économie de bazar. C'est ainsi que les lointaines Thaïlande, Malaisie, les proches Turquie et Syrie, deviendront leur terre de prédilection. Les kids de la valise seront les pionniers du conteneur.

Les déchus se shooteront à la zatla, la colle ou au « grélou ». Ils s'offriront un monde psychédélique, faisant le black out sur tout ce qui les entoure. Leur descente aux enfers de l'underground des grandes métropoles, se fera au vu et au su de congénères repus de rapine et de chipa.

Les moins survoltés d'entre eux, c'est-à-dire la masse, restera au pays. Elle gardera son hit (mur) et sa rancoeur. Elle qui ruminait contre le siège du parti unique, rumine à présent contre les sièges de la myriade de partis émergents. Elle fait de son équipe de foot-ball son nouveau porte-drapeau, son porte-voix, son parti. Les tribunes du stade deviendront le nouveau maquis. Le sentiment d'appartenance à une nation s'effiloche et se dissout dans un communautarisme primaire. Ne voit-on pas dans les stades des oriflammes ou étendards de clubs européens ou même de nations, déployés au vent ?

L'emblème national faisait l'objet, il n'y a pas si longtemps, d'autodafé ou de profanation. Les castes foot-ballistiques se conjuguent dans un hooliganisme supra-national, qui formera l'ordre nouveau de l'anarchisme. Les tribunes du stade se transformeront en arènes spartiates, où le nouveau tribun de 13 ans dirigera son pouce vers le sol, pour livrer l'arbitre à la curée des « fauves ». Si par malheur, son « parti » est défait, le public des arènes se déversera telle la houle, dans la rue et se rappellera soudain de toutes les tracasseries de la vie. Le chômage, la malvie, la promiscuité, l'éclairage public, la route, l'eau, deviendront les raisons de la colère.

Il s'érigera en député bruyant et saccageur. N'y a-t-il pas de causes germinatrices, dans cet épisodique et régulier bouillonnement juvénile ? La harraga n'était-elle pas un nouveau mode d'expression de la détresse, par laquelle en dépit des risques mortels qu'il encourt, le jeune tente de se faire entendre ? L'heure n'est-elle pas venue pour que le quinquagénaire, fasse un peu de place pour ce futur vieux, dont la vie n'est pas aussi longue qu'on ne le pense ?

Jeunes, il y a de celà plusieurs décennies, n'avons-nous pas construit d'innombrables châteaux en Espagne ? Le revenu financier ou l'intéressement matériel en détruisait plusieurs. De nobles et mirifiques idéaux, se dissolvaient dans le redimensionnement des ambitions, dès que la crémaillère était accrochée. C'est à ce moment-là, qu'on se sent maître de son destin.

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6 Re: Hommage le 20/08/07, 08:41 pm

Benaziez


Rang: Administrateur
salam
Toujours égal à lui-même, Zahi Farouk cette fois ci il ose superbement une analyse pointue qui décortique notre société dans tous ses contours. Comme il l’affirme, l’origine de cet état de fait remonte aux toutes premières années post-indépendance. La mutation d’année en année de notre société déborda comme une déferlante qui ne trouva pas en face la vision nécessaire pour la juguler.

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