BOU-SAADA

Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.


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BOU-SAADA » Le Café du Village » hommage, première partie (suite9)

hommage, première partie (suite9)

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1 hommage, première partie (suite9) le 06/06/10, 02:30 am

CHERIF Ali


Langue pendue
Pardonnez moi de revenir en arrière mais je voudrais vous relater quelques épisodes qui sont restés gravés dans ma mémoire: Ayant échoué à l'entrée en 6ème malgré la tentative de nous aider de M. BAIOD, instituteur de CM1 qui nous serveillait lors de l'examen, je fus dirigé vers la classe de Fin d'Etudes tenue per M. TOUMI Ali. Comme son intitulé l'indique, cette classe était destinée à préparer les élèves à l'entrée dans la vie active. Je ne sais ce que je serais devenu s'il n'y avait eu une passerelle entre cette classe et celle de 5ème du collège pour ceux qui obtenaient le Certificat d'Etudes Primaires, le fameux C.E.P.! j'obtins ce fameux césame et, à la rentrée, je retrouvai mes camarades de 6ème, mais maintenant mieux armé. Je n'ai jamais regretté ce passage par le cours fin d'études car les programmes étaient telles qu'on pouvait devenir un peu bricoleur parce que on touchait à tout: éléctricité, bâtiment, mécanique... . Sans ce césame ma vie aurait pris un autre cours et je n'aurais connu aucun de ceux auxquels j'ai l'immense plaisir de m'adresser avec émotion.

En 5ème, j'eus la chance de bénéficier d'une inscription en colonie de vacances. J'allais , enfin, visiter ce pays qu'on nous faisait appeler "la métropole'" et dont les cartes physique, économique ...occupaient les murs des classes et dont des paysages bien choisis, invitaient au voyage . Ce pays mythique dont le nom trônait partout: la France! Nous n'étions pas nombreux à partir de Bou-Saâda mais nous retrouvâmes d'autres camarades à Alger oû nous passâmes la nuit. Le lendemain nous prîmes "le ville d'oran", l'un des fameux bâteaux de l'époque et on nous parqua, comme des animaux, dans la cale. On nous donna des chaises longues qui allaient, au grè du roulis, d'un côté à l'autre de la cale. La traversée dura 24h. A Marseille, on nous conduisit directemrnt à la gare pour prendre le train pour Chalons-sur -Saone, notre destination finale. Là, on nous hébergea dans un CET.

Passer en l'espace de trois jours de l'oued Bou-Saâda au rhône puis à la saone, de la palmeraie à la forêt profonde, des dunes de sable aux prairies verdoyantes, des montagnes rocailleuses et nues aux cimes enneigées des alpes , avouez que le choc était rude! mais on n'en avait cure! Nous assistâmes à des tournois sur l'eau de la saone oû il fallait falre tomber celui qui était debout à l'arrière d'une barque comme lors de tournois de chevaliers appris en histoire! On nous fit visiter une étable et nous fimes surpris d'apprendre que chaque vache avait sa "carte d'identité' et nous qui pensions que ce document était réservé aux hommes!

C'était durant l'été 1957. La guerre d'Algérie faisait râge. Nous étions tellement conditionnés qu'un jour, alors que nous nous promenions en ville, nous entendimes des coups de feu. Paniqués, comme lors d'un attentat en Algérie certains d'entre nous se mirent à courrir. Les moniteurs durent hurler:" Ce n'est que des chasseurs, on n'est pas en Algérie ici". Le deuxième incident, et le plus douloureux, eut lieu, quelques jours plus tard lors d'une deuxième promenade en ville: Nous chantions :

La colonie passe, faites de la place
les voilà le p'tits gars qui savons marcher
Y a pas comme nous, y a pas comme nous
S'il y en a, y en a guère.....

lorsqu'une dame, sur le perron de sa porte, lança d'une voix stridente, dans notre direction: "Pourquoi ne les renvoie-t-on pas chez eux, ceux-là".Ce fut ma première rencontre avec le racisme et, malheureusement, pas la dernière. Ce cri de haine, de rejet, ne m'a jamais quitté. Il résonne en moi, s'amplifiant avec le temps, comme un avertissement pour me dire: " Stop Ali, tu ne peux pas aller plus loin." Quelqu'un pourrait-il me dire oû se trouve la frontière à ne pas traverser?

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Nassira


Langue pendue
Salam

Témoignage émouvant et poignant... un cri du coeur, des blessures infligées par la guerre qui fait ressortir tout ce qui est mauvais et sombre chez les humains.... Malheureusement ce coté là continue de surgir à tout moment, face à toutes les situations: le chomage, les actes de délinquance, la crise!!!!!!!!
Mer CHERIF, c'est courageux de votre part d'en parler et partager avec nous votre vécu d'un enfant épris de savoir qui grandissait dans une époque difficile dont il n'est pas responsable....
Je vous assure Mer CHERIF, le livre s'impose, et surtout ne vous sousestimez pas, comme l'a dit Marie, laissez votre coeur et mémoire parler, votre plume suivra Jacques votre enseignat a bien confirmer que vous maîtrisez bien la langue française.......
Vous savez l'acte d'écriture n'est plus réservé à l'élite, aux Molières, aux Victor Hugoet aux Maupassant, l'acte d'écriteure s'est démocratisé heureusement, on voit dans les librairies des livres qui ont été thérapeutiques pour leurs auteurs, des fois c'étaient des témoignages sur certains faits ou vérites ou tout simplement pour apporter un autre regard sur une vie... J'ai fini de lier un livre intitulé "Petite marchande d"allumettes à Kaboul" c'est le témoignage d'une éciliere afgane de 13 ans qui rconte sa vie à Kaboul entre l'école et la rue où elle vend ses allumettes pour aider sa famille à s'en sortir, c'est un témongnage de ce que peuvent vivre ses cocitoyens dans un pays où la guerre fait rage et l'anarchie totale régne.....
J'ai une propôsition : et si vous et tous nos amies vous vous y métiez , ce sera un ouvrage collectif des témoignages differents sur la même période, de vécus differents des enfants d'origines differentes qui ont partagé en l'espace de quelques années la m^éme école, ou la même classe , ce que vous faites déjas à travers vos messages ....
On demandera à Mér Rullier d'étre le proviseur, quel pur bonheur décrire vos experiences sous la direction de votre professeur, quel privilège n'est ce pas?
Allez soyez motivés, lachez vous et faites nous un livre unique , je continue à dire que pour nous autres générations c 'est un de voir de nous apporter votre témoignage qui va éclairer par la mê me occasion une situation donnée.
J'éspere sincerement vous voir accepter et vous mettre à la tache ce sera un beau cadeau pour nous et pour Jacques qui je suis sure sera fière de ses éléves

Amicalement Nassira

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3 merci le 06/06/10, 09:55 pm

CHERIF Ali


Langue pendue
Merci Nassira. Vraiment, votre sincérité me touche beaucoup. Tout ce que je peux vous répondre c'est: incha-Allah! Ali CHERIF.

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Bonjour,
La cale du ville d'Oran...m'a vue quelques fois, cette "classe" étant pour les voyageurs sans trop d'argent, et ma mère préférait voyager dans de mauvaises conditions et revenir en Algérie, plutôt que rester chez elle.
Lorsque nous sommes arrivés à Tarbes, les gens nous ont donné le doux surnom de doriphores, et 30 après des collègues m'ont dit que nous avions pris le travail des français!
J'étais quoi pour eux? Et quand je dis que je suis née en Algérie les regards se font parfois suspicieux. Ce lieu de naissance + nom à consonance italienne =j'ai été traitée de macaroni...
Tu vois Ali, pour des raisons différentes, nous avons bénéficié du même régime de faveur.
Et maintenant je voyage dans la bétaillère des compagnies aériennes!

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5 tu as raison le 08/06/10, 01:12 am

CHERIF Ali


Langue pendue
Tu as raison Michelle, mais le fait est qu'à Bou-Saâda, grâce au sable - nous avions échappé aux colons. Nous n'avions vu de la France que le côté "lisse", représenté par des enseignants en majorité de "gauche"; quant au côté rugeux, nous
y avons été confrontés sur le sol de la"mère patrie, comme on disait à l'époque. C'est ce décalage, entre ce qui nous a été donné comme image de la France et son image réelle, qui nous a souvent choqués. Je dis celà sans animosité aucune car la "vraie vie" s'est chargée de nous sortir de notre innocence. Le réel a pris ses droits!

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6 Re: hommage, première partie (suite9) Aujourd'hui à 01:00 pm

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